espana_la_vidaAprès les biographies de Thoreau (« Le vie sublime ») et d’Albert Clavier (« Dans la nuit la liberté nous écoute… »), Maximilien Le Roy s’attaque, pour la première fois, à une « vraie « fiction avec « Espana la vida ». Quoique…Car comme d’habitude, l’auteur a lu beaucoup de témoignages sur le sujet et s’est beaucoup inspiré du réel pour écrire son scénario. Et si son Léo est cette fois un héros de papier, il aurait très bien pu exister pour de bon. Un héros qui fait véritablement figure d’alter ego de Le Roy tant on les sent proches, que ce soit humainement ou politiquement. En fait, avec « Espana la vida », c’est un peu comme si l’auteur s’était projeté dans le passé pour se confronter à cette période troublée des années 30 où le fascisme gagnait du terrain de tous côtés en Europe et se demander s’il aurait fait les mêmes choix, pris les mêmes décisions que Léo. Nul doute que comme lui il aurait milité au sein de son journal, « L’affranchi », pour faire avancer la cause libertaire depuis Paris mais aurait-il eu, ensuite, comme lui, le courage de quitter fiancée et parents pour s’engager aux côtés des républicains espagnols dans cette guerre contre le franquisme ? Des questions que l’auteur s’est posées mais qu’il pose aussi, bien sûr, indirectement, au lecteur.

Un récit plus romanesque qu’à l’accoutumée (il y est bien entendu question de courage, d’engagement et de convictions mais aussi d’amitié et d’amour), plus facile d’accès, mais tout aussi respectueux des faits historiques et critique (il n’oublie pas, par exemple, de pointer du doigt les manquements dans son propre camp, comme l’influence négative du parti communiste, sous obédience stalinienne, dans la lutte ou les égos qui ont parfois primé –et mis en danger- la « cause »). On ne sera donc pas surpris d’y rencontrer la colonne Durruti (division que Léo rejoint quand il arrive en Espagne) ou Victor Serge (célèbre penseur et militant anarcho-syndicaliste) qui ont bien sûr réellement existé !

Une évocation habitée de la guerre civile espagnole (des violents combats sur le front mais aussi de la réorganisation –collectivisation, autogestion- du pays, à l’arrière, par les républicains ou des raisons de la défaite) mis en images avec conviction et foi par Vaccaro (avec un dessin au crayon, sans encrage, charbonneux, rehaussé des couleurs d’Anne-Claire Jouvray, qui rappelle le travail de Jérôme Jouvray sur « L’idole dans la bombe »). Un nouveau Le Roy un peu différent dans la forme (plus « grand public » et divertissante, pour faire simple) mais qui reste le même sur le fond : initier à la pensée libertaire. Inutile de dire que sa lecture est hautement recommandée !

(Récit complet – Casterman)