pest2Autant l’avouer : on ne pensait jamais le tenir un jour entre nos mains ce tome 2 de « Pest ». Pensez donc, cela faisait 9 ans que la première partie du diptyque était sortie ! Certes, le dessin de Bouillez (un pur régal visuel) volontairement peu réaliste et stylisé est particulièrement soigné et minutieux et doit donc être très chronophage (je me souviens avoir lu que le dessinateur avait mis 2 ans et demi pour réaliser « Le défosseur ») mais cela n’explique pas tout…Quoi qu’il en soit, Delcourt a eu la bonne idée (mais l’éditeur avait-il vraiment le choix ?) de ressortir le tome 1 en même temps que « Les boîtes noires ».

Une seconde partie qui, heureusement, est à la hauteur de l’attente ! Corbeyran et Bouillez y dévoilent les dessous de cette mystérieuse maladie –la pest- qui touche les classes sociales défavorisées ainsi que célibataires et personnes de couleur et les maintient en quarantaine dans des fosses depuis cette terrible nuit des 4 vents, un ouragan gigantesque –une punition divine si l’on en croit les autorités religieuses- qui s’abattit il y a quelque temps sur Spleen City (une ville en forme de tour métallique à plusieurs niveaux) et amena avec lui une grave pollution des marais entourant Spleen City en même temps que la maladie.

Une version officielle, devenue croyance collective grâce à la propagande, qui n’était en fait que « foutaise et contre-foutaise » (pour reprendre l’expression favorite du professeur Hurlevent, responsable météo de Spleen City que l’on essaya de tuer juste après qu’il ait prévenu les hautes sphères de l’arrivée du fameux ouragan) visant à cacher le complot diabolique ourdi par les autorités religieuses, politiques et scientifiques en place pour contrôler la population et s’enrichir sur son dos. Un récit steampunk (le genre est un peu passé de mode, forcément, mais personnellement je continue à apprécier ce mélange de science-fiction et d’éléments XIXème de la révolution industrielle quand c’est bien fait comme ici) beaucoup plus sombre et acerbe que ne veut bien le montrer le dessin plutôt jovial et comique ! Et particulièrement critique envers les élites et le fonctionnement de nos sociétés actuelles. Une petite banderille engagée sous le vernis du divertissement qui, allié au travail graphique étonnant de Bouillez (qui a inventé là un univers assez incroyable) fait de « Pest » un très bon diptyque.

(Delcourt – Diptyque)