sourire_de_maoBienvenue en république démocratique de Wallonie ! Depuis la partition de la Belgique, c’est le président Delcominette qui dirige le sud du pays d’une main de maître. Et pour assurer à la république un avenir radieux, celui que l’on surnomme le capitaine a mis sur pied des troupes de combattants, sortes de milices scouts chargées de faire respecter ordre et discipline dans les villes ; a lancé la construction d’un espace espoir : un musée vivant dédié aux grandes réalisations de l’Humanité et à la grandeur de la Wallonie et a commandé ce qui doit être le symbole de la force et de la détermination de son peuple : la dépouille de Mao Tsé-Toung que Delcominette vient d’acheter aux chinois…

Connu pour son goût pour l’absurde et le surréalisme (plutôt logique pour des belges, vous me direz…), le duo Cornette/Constant s’est cette fois invité dans la crise institutionnelle que la Belgique traverse depuis quelques mois pour en livrer sa vision avec « Le sourire de Mao », récit de politique fiction qui nous laisse entrevoir ce que pourrait être la Belgique si les séparatistes nationalistes des 2 bords avaient gain de cause : un pays où les libertés seraient petit à petit rognées, où ordre et discipline seraient remis au goût du jour, ce qui ne manquerait pas d‘aviver les tensions parmi la population et de pousser certains vers le terrorisme, bref où le chaos ne serait pas loin de régner…

Vraisemblance oblige, le duo est ici plus réaliste qu’à l’accoutumée : si l’on retrouve ici ou là (comme la dépouille de Mao Tsé-Toung rapatriée en Belgique : quelle idée géniale !) la singularité dont il est coutumier, Cornette livre bien sûr un scénario qui prend ses distances avec la poésie et la loufoquerie dont l’auteur peut faire preuve dans ses autres œuvres, et Constant propose un dessin en ligne claire plus sobre et sage que d’habitude. Si le registre est différent, cela n’empêche pas ce récit d’être aussi inspiré  : souvent truculent, il tire à boulets rouges sur l’extrême droite populiste (notamment en montrant toute son hypocrisie : derrière son apparente droiture et ses poses vertueuses se cachent un président chaud lapin qui trompe sa femme à qui mieux-mieux et un gouvernement qui a en fait mis en place un système de magouilles et de petits arrangements avec certains criminels pour pouvoir faire pression sur d’autres personnes et les amener à ce qu’ils fassent ce qu’il veut) et s’avère inattendu jusqu’au bout avec une conclusion sombre et glaçante. Un thriller réussi, qu’aurait pu signer un Jean-Claude Denis, en forme d’avertissement à ceux qui pourraient se laisser séduire par les sirènes des démagogues nationalistes !

(Récit complet – Futuropolis)