cavalier_suedoisLes impressions nouvelles ne sortent qu’une poignée de bandes dessinées ou d’œuvres portant sur la bd (on se souvient par exemple des excellents livres analysant le travail de l’Association ou de Ware, ou, plus récemment, des « Entretiens avec Joann Sfar ») par an mais à chaque fois les parutions retiennent l’attention par leur singularité et leur intelligence. C’est une nouvelle fois le cas avec cette seconde œuvre de Jean-Pierre Mourey qui, après « L’invention de Morel » (paru chez Casterman dans la collection Ecritures en 2007), propose ici une nouvelle adaptation d’un roman, « Le cavalier suédois », écrit par Léo Perutz en 1936.

Le récit se déroule au début du XVIIIe siècle non loin de la Pologne et raconte l’histoire d’une rencontre : celle de Christian von Tornefeld, noble qui vient de déserter l’armée polonaise pour rejoindre les troupes de Charles XII, et d’un voleur qui n’a qu’une solution pour éviter la potence : rejoindre les forges de l’évêché et vivre une vie de forçat, en échange du gîte et du couvert, sous les ordres de l’évêque despote qui règne sur les lieux. Dans ce moulin abandonné où ils ont tout deux trouvé refuge, un plan, machiavélique, va germer dans l’esprit du voleur à mesure qu’il écoute Tornefeld lui parler de lui : il va prendre sa place et vivre sa vie, bien plus souriante et heureuse que la sienne !

Une adaptation de très haute tenue qui repose surtout sur deux points forts : une construction narrative très habile, un modèle du genre !, qui tient en haleine jusqu’au bout en proposant un prologue énigmatique (le cavalier suédois du titre rend visite à sa fille, en secret, la nuit, alors qu’il est censé être mort depuis 3 semaines…), accentué par l’ambiance fantastique du récit, que la suite se charge bien sûr d’éclaircir. Et un travail graphique tout simplement parfait : son encrage net et ses hachures fines figurant les ombres imitent les œuvres de gravure de l’époque et, avec cette mise en couleur tri-chromique (bleu, vert et jaune), font faire au lecteur un bond en arrière dans le temps de plus de 3 siècles sans qu’il ne s’en rende compte. De la très belle ouvrage (pas forcément facile d’accès cependant car les récitatifs, nombreux, ont gardé le côté littéraire du texte d’origine) qui donne vraiment envie de découvrir la première œuvre de Jean-Pierre Mourey !

(Récit complet – Les impressions nouvelles)