La Gaîté lyrique s’est approchée samedi soir de son passé manqué de parc d’attraction en accueillant la Colonie de Vacances, le projet commun de Marvin, Pneu, Papier Tigre et Electric Electric. Intriguant sur le papier, il convainc en concert.

Quatre groupes sur quatre scènes dispersées dans une grande salle de la Gaîté lyrique très remplie mais qui ne ressemble plus à ce qu’on est habitué à voir d’une salle de concert. Du fait du dispositif scénique, toute la symbolique du concert, avec sa scène, ses premiers rangs serrés, son mosh pit arrivant un peu après, les rangs grossis de ceux qui ne veulent pas être bousculés derrière, les petits malins de faufilant sur les côtés, se trouve complètement chamboulée. Ici, c’est au milieu qu’il faut être pour profiter comme il se doit de la quadriphonie. Comme le rappellera Eric Pasquereau de Papier Tigre pendant le concert : « Si vous n’allez pas faire un tour au milieu de la salle, vous aurez perdu votre soirée ». En effet, les roulements de caisse claire tournent, les guitares se répondent, faisant de l’auditoire une girouette guidée par ses oreilles. Mais ce milieu est difficile à atteindre, occupé par des danseurs fous adaptant leur style à la musique qu’ils entendent.

Sur le papier, on pourrait penser à un fantasme de musicien de jouer le plus fort possible ou à un délire de fin de concert improvisé alors que les derniers spectateurs s’attardent. Mais c’est bien autre chose qui se joue ici.
Il y a quelques années, deux groupes danois, Lack et Barrahead, avaient tenté l’expérience le temps de quelques concert. A Berlin, c’est au Supamolly qu’ils avaient joué, enchaînant morceaux de l’un et de l’autre et parties communes. L’idée de Marvin, Pneu, Papier Tigre et Electric Electric pousse le concept encore plus loin.

Après une petite introduction commune, Papier Tigre entame A killer gets ready. Alors que tout le monde commence à taper du pied et dodeliner de la tête, les trois autres groupes les rejoignent pour la dernière minute du morceau. C’est soudain, très fort, et ça prend complètement par surprise. Cela ne dénature pas du tout le morceau et décuple -voire quadruple- ce final particulièrement puissant. L’idée se renouvellera pour chacun des groupes avec plus ou moins de réussite. Quelques compositions originales s’immisceront ça et là, privilégiant la puissance à la finesse, pour un concert de près de deux heures. Un nouveau morceau pour Marvin et son hymne Vocomurder que bizarrement pas grand monde ne semble connaître. Pneu et son math-rock épileptique maîtrise toujours aussi bien son sujet. Seul Electric Electric me laisse encore une fois de marbre. Bizarre pour un groupe qui comprend un talentueux ingénieur du son d’avoir un son aussi brouillon sur scène, les boucles de guitare s’accumulant jusqu’à faire une bouillie difficilement audible qui perdra presque les autres groupes.

Samedi soir, on était donc bien loin de la Colonie de Vacances d’il y a quelques années (ici) où les copains venaient ajouter leur grain de sel dans les morceaux des autres groupes. En deux ans, le concept s’est étoffé et l’idée a pris de l’ampleur pour une expérience très éloignée du bœuf alcoolisé de fin de concert.