Savages-Silence-YourselfMaintenant je comprends mieux tout le buzz autour de ce groupe…Esthétique sombre, très étudiée, de l’artwork, premier single (« Flying To Berlin », que le groupe n’a d’ailleurs pas réutilisé sur l’album-décision plus que judicieuse) incendiaire qui a fait monter la sauce, line up 100 % féminin, au look androgyne, qui a des choses à dire (ainsi ce message inscrit à même le disque : « Don’t let the fuckers get you down »), signature sur Matador, label indé connu pour avoir accueilli quelques uns des groupes incontournables de l’histoire du rock : tout était prêt pour l’arrivée de ce « Silence Yourself », premier album excellent de bout en bout !

Bien sûr, Savages aura du mal à éviter l’étiquette post-punk tant les ambiances, les séquences minimalistes basse/batterie typiques ou les guitares, tantôt tranchantes tantôt mélancoliques nous renvoient clairement à l’âge d’or du genre, emmené par les Joy Division, Siouxsie And The Banshees et autre Wire. « Waiting For A Sign » ou « No Face », sur lesquels on jurerait croiser le fantôme de la bande à Ian Curtis, en sont d’ailleurs certainement les meilleures illustrations. Mais le quatuor londonien est loin de se réduire à cela. Car il y a une urgence punk ici, très palpable (comme cela arrive parfois sur les premiers albums), une envie d’en découdre qui amène une énergie à ces morceaux, du coup très électriques, comme sur l’épileptique « I Am Here » ou le sombre « She Will », deux tubes en puissance aux guitares des plus inspirées.

« Silence Yourself » est vraiment un album solide, homogène tout en étant varié (avec par exemple l’apparition d’un piano sur « Marshal Dear », morceau qui clôt l’opus en relâchant –un peu- la pression), marquant, volontiers bruyant, qui doit tout de même beaucoup à Camille Berthomier, sa chanteuse française, qui officie aussi dans le duo John et Jehn. Il y a de la vie dans cette voix, une force, une conviction, une rage parfois aussi (ce qui explique que l’on ait parfois rapproché le groupe du mouvement Riot grrrl) qui font qu’on la croit sur parole quand elle répète, quasiment en hurlant, un « She Will » à vous filer des frissons sur le titre éponyme (qui parle d’amour violent). Plus que recommandé !

(Album – Matador)