homme_qui_assassinaitFrançois-Frédéric Frey a passé 3 ans en prison pour abus de biens sociaux et fausses factures, le tout pour le compte de son ex-beau-père, député qui briguait la présidence de région et qui s’en est, bien sûr, sorti sans une égratignure…Le même ex-beau-père pour qui sa femme l’a plaqué alors qu’il était sous les verrous…Alors, à sa sortie, F.F.F, comme on le surnomme, achète un flingue et un portable intraçable, bien décidé à faire le ménage dans sa vie avant de la quitter…

Le roman noir, ça le connaît, Moynot. Depuis « Bonne fête maman » sorti en 1998, il s’y est souvent frotté, en adaptant notamment des « Nestor Burma »(3 en tout) de Léo Malet. Alors il a dû se dire que quitte à adapter un Vautrin, autant le faire franchement. Et Moynot y va donc gaiement dans « L’homme qui assassinait sa vie ». Losers pathétiques qui se prennent pour des caïds, flics ripoux complètement minables, femmes à la libido démesurée ou chefs d’entreprise véreux qui font dans le trafic de clandestins pour arrondir les fins de mois : il ne manque rien de tout cela dans ce récit ! Des vies de merde que l’on espère pouvoir améliorer en tortillant du cul ou en montant une magouille miraculeuse mais que l’on enfonce finalement encore un peu plus…

Des destins que l’auteur narre d’abord séparément avant de les faire se rejoindre ensuite dans un drôle d’imbroglio (il y a aussi un cadavre de femme dans un coffre de voiture, des maliens cachés dans la soute d’un camion, un autiste disparu dans la nature et un gendarme qui prend sa retraite…) avant un bouquet final explosif. Un one-shot hyper rythmé, au trait brut de décoffrage, direct et spontané, que l’on lit d’une traite, happé que l’on est par sa noirceur, cependant tempérée par une ironie omniprésente : Moynot (et Vautrin avant lui) s’amusant ici clairement avec les codes et les stéréotypes du genre ! Un Vautrin par Moynot presqu’aussi bon que le Vautrin par Baru (« Canicule ») sorti il y a peu !

(Récit complet – Casterman)