tylercrossLe contrat semblait tranquille. CJ avait ferré le poisson, Tony Scarfo, et l’avait ramené chez elle. Son copain lui avait ensuite fait cracher le morceau : ils savaient maintenant où les mexicains devaient lui livrer les 20 kilos d’héroïne pure le soir même. Il ne restait plus qu’à les attendre bien gentiment et à récupérer la blanche pour le compte de Di Pietro contre 150 000 dollars. Tranquille. Sauf que Scarfo, même avec un flingue sur la nuque, n’a pu s’empêcher de les prévenir et qu’Ike n’a, lui, pas pu s’empêcher de lui mettre du plomb dans le crâne… Alors Tyler Cross a dû s’employer et canarder les mexicains pour parvenir à ses fins. Bilan : 8 cadavres et CJ au tapis, un pruneau dans la poitrine. Et Tyler Cross en rade (sa Chevy n’a pas survécu à la fusillade…) au beau milieu du Texas, des sacoches pleines d’héroïne sur les épaules et 21 dollars et 81 cents en poche…

Méchant sans foi ni loi mystérieux, fusillades et explosions en veux-tu en voilà, jeune femme au physique sculptural, petite ville américaine aux mains d’un clan (les Pragg dont le fils ainé est à la tête de la seule banque, le cadet maire et le benjamin shérif…) capable de tous les mauvais coups pour pérenniser sa domination : tous les ingrédients du roman noir sont là ou presque. Mais comme avec les frères Coen (et leur cultissime « Fargo »), c’est la façon dont Brüno et Nury les cuisinent qui rend ce « Tyler Cross » si savoureux !

Un scénario aux petits oignons qui plonge l’anti héros Tyler Cross dans un village de péquenauds, des personnages (pourtant très stéréotypés) marquants, un découpage très cinématographique (avec gros plans et cases panoramiques fréquentes) vraiment dynamique, quelques scènes particulièrement fortes et une voix off ironique (souvent aux dépens des protagonistes) réjouissante : le savoir-faire de nos 2 hommes est ici impressionnant. Et on n’a pas encore parlé du magnifique travail graphique de Brüno ! Sombre à souhait (les aplats de noir tiennent ici une grande place), son dessin est aussi épuré qu’à l’accoutumée tout en évoluant vers davantage de réalisme. Soutenu par la très judicieuse mise en couleur (là aussi des aplats de rouge, de bleu, de jaune) de Croix, il sert à merveille le scénario violent de Nury.

Deuxième collaboration (après le remarqué « Atar Gull ») pour le duo Nury/Brüno et deuxième très belle réussite !

(Récit complet – Dargaud)