comeprimaA notre grand regret, Alfred se faisait bien rare ces derniers temps. Et pour cause, l’auteur traversait, selon ses dires, une véritable crise vis-à-vis du dessin qui a commencé il y a 5 ans. Il venait de devenir papa et de s’installer en Italie avec sa compagne. Il décide alors d’écrire, pas forcément dans l’optique d’un scénario, « des bouts de dialogue, des souvenirs, des impressions, des envies ». Des choses sans véritable lien apparent mais qui, Alfred s’en rend compte un peu plus tard, racontent en fait une seule et même histoire, qui va devenir « Come Prima ».

Un récit dans lequel, vous l’avez compris, l’auteur a mis beaucoup de lui, même s’il ne raconte pas ici son histoire et qu’il s’agit bel et bien de fiction. La paternité, le retour aux racines, l’Italie, le non-dit dans les familles ou les relations père/fils : on retrouve donc ces thèmes qui le titillent en ce moment dans sa nouvelle œuvre. Un road movie dans les années 60 qui voit Giovanni partir à la recherche de son frère aîné Fabio exilé en France depuis une violente dispute avec son père, des années auparavant, pour le ramener dans sa petite Fiat 500 au village natal pour disperser les cendres de leur paternel qui vient de mourir et régler la succession. Un voyage qui va obliger les 2 frères à essayer de rattraper le temps perdu et Fabio à faire face à ses choix et aux blessures qu’ils ont engendrés.

Alfred signe là un retour, après « Pourquoi j’ai tué Pierre » (avec Olivier Ka au scénario) et « Je mourrai pas gibier », très réussi, en auteur complet, dans la collection Mirages de Delcourt, avec ce joli roman graphique, long (plus de 200 pages) car il prend le temps d’observer ses personnages, pour mieux cerner leurs zones d’ombre, leurs qualités et leurs états d’âme, mais aussi tous les jolis paysages d’Italie que Fabio redécouvre si longtemps après au cours de leur périple. Un récit drôle et touchant, rempli d’humanité, auquel Alfred donne beaucoup de vie avec son dessin ici très juste, qui nous tient en haleine jusqu’au bout, l’auteur ayant pris soin de nous réserver une surprise scénaristique de taille en guise de conclusion. Très recommandé, comme toujours lorsqu’il s’agit d’Alfred !

(Roman graphique – Delcourt/Mirages)