Quel plaisir de retrouver le groupe d’Alex Dunham (Hoover, Regulator Watts, Radio Flyer) de nouveau signé, et, qui plus est, chez 54°40 Or Fight. Car après un premier album mitigé sorti chez Slowdime juste avant la dissolution du label, Abilene était rapidement tombé dans l’oubli. Alors voir débouler un nouvel album de ce groupe de stars (aux côtés d’Alex Dunham, on retrouve un ex-Lustre King, et depuis cet album, Fred Erskine – Hoover, June of 44, The Sorts – à la trompette), est plus qu’excitant. D’autant plus quand la pochette rappelle étrangement celle du dernier Hoover. Et dès les premières notes de ‘Twisting The Trinity’, c’est bien le guitariste-chanteur du gang mythique de Washington DC qu’on entend : guitare à nouveau saturée, voix éraillée inimitable… La magie est intacte. Alors, bien entendu, Abilene n’est pas Hoover, et la pression retombe rapidement, mais l’ambiance se veut plus nerveuse, et plus marquante ; le groupe évolue toujours dans un rock plus qu’imbibé de jazz et de dub, laissant de côté les excès pourtant si touchants de jeunesse, mais le brouillard musical du premier album s’est dissipé. Pourtant, la formule n’a pas vraiment changé. Mais les parties rock sont plus prenantes, vous imposant des frissons dans tout le corps, les parties plus jazz, aidées de la superbe trompette de Fred Erskine, sont moins abstraites qu’autrefois, et plus touchantes, et les ambiances plus précises. Du coup, Abilene s’oriente petit à petit vers la place à laquelle nous aimerions le mettre, celle que le passé de ses membres laisse présager. Bien entendu, la démarche musicale du groupe demande une certaine concentration à l’auditeur, peut-être même plusieurs écoutes, mais au final, Abilene vient bien de sortir un album digne de ce qu’on pouvait attendre du groupe. Enfin.

(8 titres / 54°40′ or Fight!)