Il faut l’avouer, j’avais complètement craqué sur leur précédent album, « good bad not evil« , et son garage pop simpliste… Les Black Lips n’ont jamais rien eu d’extraordinaire, leur musique est simple, directe ; leur humour est potache ; et leur comportement vaguement branleur. Mais les quatre possèdent un aspect loufoque qui touche. Derrière leur attitude nonchalante, les mauvais garçons en vogue vous pondaient de petites perles mélodiques, corrosives et énergiques à souhait. On y percevait même une petite touche psychédélique parfaite. La folie créative des sixties n’était pas loin.
Malheureusement, on sentait l’alchimie ne tenir qu’à un fil. Et pour ce 200 million thousand, le fil semble avoir cédé. On retrouve bien la plupart des ingrédients utilisés par le quatuor sur son précédent album, mais la sauce prend moins (et le son se veut plus cheap). Les tubes ont du mal à se faire une place. On retiendra bien quelques titres comme l’irrésistible « Drugs » ou « Short Fuse », mais en général, on attendait une énergie plus débridée, et des idées plus marquantes. Ce nouvel album donne irrémédiablement l’impression d’avoir été pondu trop vite. Et ce qui aurait pu engendrer une spontanéité garage-punk bienvenue, se perd souvent dans des compos fumantes…
Dommage car certaines guitares fuzz nous font encore de l’œil par moments, et on aimerait se jeter à nouveau dans une dance démoniaque… mais les Black Lips n’ont pas réussi à pousser leurs idées assez loin ce coup-ci. Et ce n’est pas leur nouveaux essais (l’acceptable Old Man qui joue sur les terres du Velvet Underground, ou le laborieux Drop i Hold qui titille le phrasé rap), qui changeront la donne (oublions par la même occasion les « bip » désespérants de I Saw God). Dommage (encore) car on sent qu’avec un peu plus de travail (un mot qui s’accorde mal avec les Black Lips), ce nouvel album aurait pu s’inscrire dans la lignée réussie de leurs précédentes productions.

(album / vice)