tsunamiComment retrouver une sœur disparue il y a 9 ans de cela à l’autre bout du monde ? Et par où débuter ? Voilà les questions que Romain se pose alors qu’il vient de débarquer à Bandah Aceh, au nord de Sumatra. Tout ce qu’il sait, c’est qu’Elsa est arrivée en tant que docteur juste après le tsunami pour apporter son aide sur place aux indonésiens. Et qu’une fois sa mission accomplie, vidée psychologiquement et très fatiguée, elle avait décidé de voyager en Asie pour souffler un peu et se vider la tête. C’est en tout cas ce qu’elle disait dans le dernier mail qu’elle a envoyé à sa famille. Mais depuis, plus rien. Plus aucune nouvelle. Et à chaque fois que le téléphone sonne depuis dans sa maison de Romainville, sa mère sursaute, espérant que ce soit elle qui appelle. C’est pour cela que Romain a fait le voyage, pour avoir enfin des nouvelles d’Elsa et rassurer sa mère !

C’est une enquête singulière que content Piatzszek et Pendanx (qui a, pour l’occasion, mis de côté les gouaches, superbes, d’ »Abdallahi » ou « Jeronimus » et ici opté pour un dessin plus sobre et un trait fin plus spontané) dans « Tsunami ». Une enquête pas vraiment rationnelle, pleine de surprises et de rencontres extra-ordinaires car Romain se trouve confronté à un pays et des habitants qu’il ne connaît pas et doit donc composer avec cette culture indonésienne particulière, ses mœurs, ses coutumes et ses croyances étranges. Composer mais surtout comprendre s’il veut saisir les choix de sa sœur et pourquoi elle n’a plus donné de nouvelles du jour au lendemain !

Stéphane Piatzszek a déjà signé quelques très bons récits (comme « Cavales », avec Douay, ou « Fête des morts » avec Cinna, déjà chez Futuropolis) depuis qu’il se consacre totalement à la bande dessinée (il a auparavant été journaliste cinéma et a écrit des scénarios de séries policières pour la télévision) mais « Tsunami » est certainement son meilleur à ce jour. Parce qu’il est assez insaisissable et ne se laisse pas cerner (et encore moins étiqueter) facilement. C’est bien sûr, à la base, un polar puisqu’il y a une enquête mais aussi un récit initiatique qui verra Romain accepter les choix de vie de sa sœur et peut-être surtout un hommage à un pays, l’Indonésie. A sa beauté, à sa force de caractère et à sa façon de gérer des tragédies comme le tsunami qui avait dévasté ses innombrables îles en 2004. Et c’est en quelque sorte lui, ce pays, le personnage principal du récit. Un pays dont il faut partager, le temps du livre, comme Romain, l’état d’esprit ou les croyances : dans les rêves, qui voient les êtres qui nous sont chers nous rendre visite, ou les fantômes qui errent parfois la nuit parce qu’ils sont en colère ou crient vengeance, si l’on veut apprécier « Tsunami »…

Un Piatzszek surprenant, que l‘on découvre ici dans un registre sensiblement différent, plus poétique et émouvant, dans cette véritable invitation à lâcher prise et à s’ouvrir à la vie et aux autres. Une vraie réussite !

(Récit complet – Futuropolis)