charly9Décidément, les romans de Jean Teulé semblent être faits pour être adaptés en bande dessinée ! Car après « Le Montespan » (l’histoire du cocu le plus célèbre de l’Histoire qui tenta, sa vie durant, de reprendre sa femme au roi Soleil), « Le magasin des suicides » et « Je, François Villon », c’est en effet cette fois Richard Guérineau qui adapte « Charly 9 ». Et de fort belle façon. Avec notamment une première scène magistrale qui vous fait entrer sans préambule dans la folie de ce XVIe siècle et de ses guerres sanglantes entre protestants et catholiques. On y voit Catherine de Médicis et les conseillers de Charly 9, alias Charles IX, tenter de le convaincre d’accepter l’assassinat des principaux responsables du parti protestant. On commence ainsi par lui demander la mort d’1 personne, celle de l’amiral de Coligny, puis de 2, puisqu’on y ajoute celle de La Rochefoucault, puis 6, puis peut-être 100, puis 1000 maximum pour aboutir finalement à 30 000 et à la Saint-Barthélemy…Un massacre que le jeune roi (il avait 22 ans à l’époque !) accepte pour faire plaisir à sa mère et la garder auprès de lui (elle menaçait de partir avec son frère en Italie s’il n’accédait pas à sa demande) ! La suite déroule la lente descente aux enfers de ce roi qui sombra petit à petit dans la folie, l’âme à jamais souillée par tout ce sang répandu, et mourut à 23 ans d’une pleurésie, abandonné et haï de tous.

Un chapitre horrible de notre Histoire que Guérineau revisite en conservant ce qui rend les romans de Teulé si singuliers et dignes d’intérêt : leur ton. Comme dans « le magasin des suicides », c’est en effet l’ironie et l’humour noir qui donnent tout son sel à « Charly 9 », l’auteur faisant cohabiter dans le récit des registres complètement différents (il passe des images terribles du massacre du 24 août à des scènes quasi-burlesques où le roi chasse, par exemple, des lapins à l’arbalète dans la maison de sa maîtresse huguenote avant de lui rendre ses hommages…) et jouant très souvent la carte du décalage (entre la gravité des sujets abordés et la façon dont les personnages les traitent ou entre la vision que l’on a de la fonction de roi et la façon dont celle-ci est effectivement exercée dans la réalité) pour mieux mettre en exergue l’hérésie du système monarchique (Charles IX n’avait visiblement pas l’étoffe pour être roi et était bien trop jeune et fragile pour diriger un royaume). Pas étonnant d’ailleurs que Catherine de Médicis se demande face à tant d’irrationnel si tout ceci est « une vaste comédie ou une piètre tragédie ». La Saint-Barthélemy comme vous ne l’avez jamais vu et de nouveau un grand cru pour Mirages qui commence à les collectionner !

(Récit complet – Delcourt/Mirages)