seules_contre_tousMiriam Katin est graphiste de métier. Elle a sorti « Seules contre tous », son premier récit de bande dessinée, en 2005 (il a paru en France au Seuil l’année suivante). A 63 ans ! Un livre remarqué (il a reçu le grand prix de la critique en 2008) que Futuropolis réédite en même temps que son second récit, « Lâcher prise » (dont on reparlera bientôt), paraît. S’appuyant sur les souvenirs de sa mère (elle-même n’avait alors que 3 ans !), Katin y raconte ce qu’elle et ses parents ont vécu durant l’année 1944-1945. Son père parti à la guerre, sa mère ne put que constater, et subir !, seule, la montée de l’antisémitisme en Hongrie, et plus particulièrement à Budapest, où ils vivaient. Ainsi, après avoir été obligée d’amener son chien, réquisitionné, à la Gestapo locale, il lui fut, quelques jours plus tard, demandé de faire une liste de toutes leurs possessions et de les stocker dans une unique pièce de leur appartement. Le signe que les rumeurs de déportation des juifs étaient bel et bien fondées. La mère de l’auteure se fit alors faire des faux papiers au marché noir, fit croire à son suicide avec l’aide de sa domestique, et s’enfuit se cacher, avec sa fille bien sûr, à la campagne.

C’est cette période de clandestinité, ses péripéties (mère et fille vécurent d’abord dans la cave d’un vigneron, puis, une fois repérées par un commandant allemand qui profita de la situation, chez un paysan, et, enfin, chez un juif travaillant pour un centre de réfugiés depuis l’arrivée des russes) et les retrouvailles avec son père à la fin de la guerre que Miriam Katin narre ici de son dessin brut et charbonneux, forcément sombre –en fait des crayonnés très poussés sans encrage ni mise en couleur- idoine pour mettre en images cette période où les ténèbres avaient éclipsé toute la lumière.

Un témoignage précieux sur les évènements qui se sont déroulés alors qui tire notamment sa force d’un choix narratif très inspiré, avec ces phylactères différents nous permettant d’avoir accès aux pensées des personnages lors des scènes, parallèlement à ce qu’ils disent. Un procédé qui rend encore plus tangible le stress et les souffrances psychologiques que la mère de l’auteure dût traverser. Et un bel hommage que Miriam Katin rend à cette mère, qui grâce à sa force de caractère, à son courage et à son intelligence, réussit à survivre et à sauver sa fille, seules contre les allemands puis les russes, bref, contre tous !

(Récit complet – Futuropolis)