lamondaine2Aimé Clouzeau bosse au quai des orfèvres. Il était inspecteur à la Crim et vient de demander sa mutation un étage en dessous, à la « Mondaine ». Drôle de décision pour un jeune homme encore vierge à 28 ans ! D’autant que dans les années 30 on en voit des vertes et des pas mûres à la brigade des Mœurs ! Entre les exhibitionnistes, les maisons closes et les cabarets qui font dans la zoophilie, il y a de quoi faire…En tout cas, c’est sûr que la Mondaine et ses manières crues ça va le changer, Aimé, le fils de curé défroqué…

Le premier épisode de ce nouveau diptyque ne fait, une fois de plus, que confirmer ce que l’on a déjà eu l’occasion de dire à propos de Zidrou : peu importe le sujet abordé, la période concernée ou les portraits brossés, notre scénariste n’a pas son pareil pour créer des univers solides et surtout incroyablement justes. Pourtant, on ne peut pas dire qu’il choisisse la facilité, les sujets qu’il aborde étant aussi complexes que forts. Comme dans « La mondaine » où il choisit comme « héros » un fils de curé qui ne trouve rien de mieux que d’aller enquêter parmi les prostituées ou les pervers de la capitale. Mais comme souvent, Zidrou parvient à trouver le ton juste, l’équilibre parfait entre réalisme sans fard et même parfois violent (certains personnages sont parfois surpris dans des positions peu avantageuses, forcément) et humour. Et il a clairement un talent pour « bâtir » des personnages plus vrais que nature, que les doutes, les faiblesses, les imperfections rendent particulièrement attachants.

Il faut dire qu’il est ici, en plus, bien aidé par Jordi Lafebre qui signe un travail graphique idéal : très complice de son scénariste, son dessin (techniquement parfait) sait être aussi touchant que malicieux (comme dans certains cadrages qui mettent en exergue des décolletés aguicheurs ou des fesses bien rebondies ainsi que les regards qu’ils attirent…) et il a surtout la même tendresse que Zidrou pour les protagonistes, qu’il ne juge pas. Il se dégage, du coup, beaucoup d’humanité de ce nouveau récit qui regarde toujours du côté de la vie. De la très belle ouvrage, mais cela devient une habitude avec Zidrou…

(Diptyque – Dargaud)