metropolis11935, à Metropolis, capitale de l’Interland franco-allemand. L’inspecteur Gabriel Faune est attablé à la terrasse d’un café. Il s’adonne consciencieusement à l’exercice d’écriture que lui a recommandé le docteur F. pour mettre de l’ordre dans son esprit embrouillé depuis la sale période traversée l’année précédente –l’attaque terroriste sanglante du parvis de la Réconciliation et la découverte des corps des 3 jeunes femmes, en dessous, dans les fondations, assassinées- et comprendre quelle est la nature des phénomènes qui transforment subrepticement cette ville…

Serial killer obscur, ambiance angoissante et attaques terroristes : cela aurait pu suffire pour faire un bon thriller. Pas très original certes mais potentiellement efficace. Lehman ne voulait visiblement pas se contenter de cela et lui a donné comme cadre une uchronie qui a de l’envergure. Il imagine donc ici ce qui aurait pu se produire en Europe, notamment au travers de cet Interland utopique, si la paix avait pu y régner suffisamment longtemps. Du coup, dans cette reconstruction fictive de notre Histoire, on croise, avec amusement, Winston Churchill ou Sigmund Freud et on apprend même l’origine, inventée bien sûr mais fort bien pensée, du « M le maudit » de Lang (clin d’œil qui prolonge l’hommage au réalisateur allemand après l’emprunt du titre de la série à son film culte) !

Si l’on ajoute à cela des personnages mystérieux (à Gabriel Faune, dont on a déjà parlé, il convient d’ajouter un autre inspecteur qui a lui aussi sa part d’ombre, Lohmann -au nom étrangement proche de celui du scénariste…-, l’homme au fameux gant marqué d’un M qui a bouclé Kurten, le tueur d’enfants, mais qui a aussi tué un suspect en garde à vue à coups de poing !), un scénario solide et un joli travail graphique de De Caneva qui rappelle le dessin réaliste de Cassaday sur « Je suis Légion », on comprend sans difficulté pourquoi on tient là un premier tome vraiment prometteur.

(Récit en 4 tomes – Delcourt)