shub_spotthedifferenceL’air de ne pas y toucher, chaque nouvel album du trio nîmois est un petit évènement remarqué dans la scène noise rock française. Il faut dire que Shub, en quatre album merveilleux, a su imposer son style, mi-noise décontractée, mi-post-punk, mi-western gardois. Et « Spot the Difference » ne changera pas la mise. Le talent est là, intact. Et comme pour chaque sortie, la pochette, signée MC1984, est sublime. Malheureusement, le son vient perturber la donne (surtout sur le vinyle). Le groupe n’en est pas à son premier coup d’essai, pourtant ici, un voile étouffe l’ensemble. Terne, le son manque de clarté, de relief, de vie. Et c’est un vrai frein à la première écoute. Les compos sont pourtant là, mais il me faudra plusieurs passages pour extraire l’essence des morceaux, et les riffs de guitares, tous plus magnifiques les uns que les autres. Premier tube, « Wasterman » leurs laisse justement la part belle. La six cordes se fait vicieuse, perverse. On avance en terrain connu, mais c’est toujours un plaisir. Tout retrouve sa place, du tapis de basse à la batterie sur-vitaminée, en passant par la voix de Ralf et son fameux « fake U.S. accent » (entre Jello Biaffra et Donald Duck) devenu si typique. Les spécialistes ne passeront pas à côté du clin d’œil (volontaire ou pas) à Magazine sur l’intro / thème, d’ailleurs excellente, de « Snooze ». Alors que c’est le fantôme de Fugazi qu’on retrouve sur l’ambiance qui introduit la face B et son réussi « Evening (chapter 2) ». Les nîmois ont toujours eu bon goût. Pour le reste, on retrouve toujours ce groove ensoleillé, ces explosions noisy, cet humour sudiste, et ces arpèges psychotiques. Mais la plus grosse surprise vient clôturer cet album et se nomme « My War is Over ». Shub y explore une version plus sombre de sa personnalité qui lui va à ravir. On y pleure un post-punk mélancolique qui ouvre clairement une nouvelle fenêtre dans un univers que nous pensions connaitre par cœur. Tant mieux.

(LP+CD – Rejuvenation/ATRDR/BoomBoom Rdz/Karaoke666/etc.)