mogwai_ravetapesUn single, « The Lord Is Out Of Control », à la production très électro et une première écoute de « Rave Tapes » déstabilisante, avec cette prépondérance de synthés qui déroutent parfois : on ne s’attendait pas forcément à ça. Ce n’est pourtant pas la première fois que le groupe fait des incursions en terre M83 mais là il pousse le bouchon plus loin. On a même cru un instant que pour la première fois on allait écrire une chronique négative d’un album de Mogwaï… Mais en fait non : plusieurs écoutes plus tard, il faut en effet se rendre à l’évidence : « Rave Tapes », s’il surprend, ne déçoit pas. C’est même un très bon album, plus homogène et compact que d’habitude car il n’y a pas vraiment de morceaux faibles ici. Bien sûr, il manque peut-être 1 ou 2 morceaux figures de proue comme « Glasgow Mega Snake », « Rano Pano » ou « San Pedro » qui voyaient les couches de guitares se superposer dans un déferlement bruitiste puissant dont le groupe a le secret mais Mogwaï y démontre néanmoins qu’il peut se renouveler tout en restant lui-même.

En fait, la bande originale de la série « Les revenants » enregistrée l’an dernier a certainement laissé des traces. Obligés de travailler et composer différemment (il fallait bien s’adapter à l’ambiance particulière –des fantômes qui reviennent hanter les vivants- de la série), les écossais avaient dû, du coup, quasiment ranger les guitares. Et ils y ont, semble-t-il, pris goût. Oh, rassurez-vous, les gars ont ressorti les 6 cordes des placards mais il les utilise ici avec davantage de parcimonie et de self-control, privilégiant beaucoup plus souvent la mélodie à l’agressivité et n’hésitant pas à les mettre en retrait dans le mix.

Et si les guitares se font plus discrètes (à l’exception des plus enlevés et rock « Hexon Bogon », un classique Mogwaï, et « Master Card » et son riff en son clair accrocheur qui emmène le morceau, on les retrouve plus souvent en arrière plan, façon shoegaze à la My Bloody Valentine), c’est parce que les synthés sont donc bien plus présents qu’habituellement. Des synthés tantôt harmonieux tantôt inquiétants, tantôt mélodiques tantôt menaçants qui donnent une coloration électro à « The Lord Is Out Of Control » ou « No Medicine For Regret », une ambiance plus atmosphérique et ambient à « Deesh » ou psyché ailleurs et qui obligent le groupe à davantage de subtilité dans les arrangements et de maîtrise dans le son (au casque c’est vraiment un régal tant le travail de production est impressionnant). Mais si les morceaux optent pour des outils différents, ils gardent toute leur teneur en mélancolie (comme sur le superbe « Blues Hour » ou l’étonnant « Remurdered » avec ses sonorités très années 80 qui font leur apparition à mi-chemin), véritable marque de fabrique du groupe.

Bref, Mogwaï arrive encore à nous surprendre au bout de tant d’années et ce avec talent. Et ce n’est pas donné à tous les groupes. Alors messieurs, chapeau bas !

(Album – Rock Action)