grandcombatOn a toujours aimé la volonté éditoriale de Futuropolis de donner leur chance à de jeunes auteurs (on se souvient, par exemple, de l’excellent « Entre deux averses » de Laurent et Le Roux) ou d’ouvrir leur « catalogue » à des projets plus singuliers, voire en marge. « Le grand combat » s’inscrit totalement dans cette démarche. Et à double titre ! Puisque cette œuvre est la toute première d’un jeune auteur de 21 ans tout jeune diplômé de l’école Estienne et parce que Zéphir propose ici un récit résolument à contre courant.

« Le grand combat » a en fait été son travail de fin d’études, qu’il a ici retravaillé et développé. S’inspirant de la vie de Chomo (qui vécut en marge pendant 30 ans dans la forêt de Fontainebleau), il y raconte l’histoire d’un artiste qui a décidé de se retirer de la société des hommes pour vivre en ermite dans la forêt. L’homme a un grand dessein : construire une cité de l’évolution. Alors, il sculpte les rochers qu’il a autour de lui, tous, construit sa « Grande machine » avec du matériel récupéré à la décharge publique, remplit de réflexions philosophiques un mur qui se trouve à proximité et dessine, encore et encore, compulsivement. Ce qui ne va pas sans parfois poser des soucis avec les villageois du coin qui le considèrent bien sûr comme un doux dingue et se demandent ce qui a bien pu le pousser à faire ce choix si radical…

Pour son premier livre, particulièrement réussi, Zéphir livre ici une véritable déclaration d’intention, mettant avec Noé, comme l’appellent les villageois, l’Art au centre de la vie, comme une digue protégeant des crus d’étroitesse d’esprit et des tempêtes de superficialité ou de violence dont les sociétés occidentales sont capables. Fustigeant la dictature de la norme, Zéphir joint le geste à la parole en jalonnant son récit (par ailleurs tout à fait maîtrisé) d’échappées graphiques inattendues –des séquences de plusieurs dessins ou peintures pleines pages figurant certaines œuvres de l’ermite ou rendant compte de ses états d’âme ou d’une tempête qui se prépare- pour le faire ressembler à son personnage principal et approcher au plus près sa « vérité » : ce qu’est son grand combat mais aussi la passion qui l’a guidé ou les doutes qui ont pu l’assaillir, parfois, dans son for intérieur. Un premier livre atypique donc que le Frémok aurait très bien pu sortir. Et une très belle découverte.

(Récit complet – Futuropolis)