cloudnothingsN’y allons pas par 4 chemins : la claque que l’on avait prise il y a de cela 3 ans lors de la sortie de « Attack On Memory » était telle que l’on attendait avec une vraie impatience son successeur. Et après son Grand Bond musical précédent (son approche, avant l’album cité plus haut, était nettement plus pop), Cloud Nothings semble avoir trouvé son équilibre, sa stabilité : « Here And Nowhere Else » est en effet le prolongement logique d’ »attack On Memory ». Il y a peut-être moins de titres évidents comme « No Future/No Past » ou « No Sentiment » ici et c’est cette fois John Congleton (en lieu et place de Steve Albini) qui s’est occupé de la production (de nouveau très sobre et brute de décoffrage) mais on est clairement dans la continuité puisque l’on retrouve ici tout ce que l’on aime chez ce trio : son insouciance (le leader n’a que 22 ans), sa spontanéité, sa sincérité. Son urgence et sa fougue aussi : les américains envoient le bois, ne lésinant pas sur la disto, très souvent pied au plancher (la batterie est d’ailleurs assez mise en avant dans le mix). Sans se poser de questions. Ils n’hésitent pas à faire du bruit, beaucoup de bruit, sans fioritures. Une volonté qui a un peu tendance à se perdre en ce moment. Et c’est un vrai combat, incessant et quasi masochiste, pour le chant ou la guitare pour faire entendre leurs lignes plus mélodiques.

Du coup, leur indie-rock-punk très années 90 enthousiasme une nouvelle fois. Comment en effet résister au chant hurlé comme si sa vie en dépendait de Baldi sur l’excellent « Pattern Walks » ? Au mal de vivre quasi-Nirvanesque qui prend aux tripes de « Now Hear In » ? Ou aux mélodies dissonantes de « Quieter today » ? Bien sûr, on a envie de vous dire de ne pas passer à côté des brillants « Just See Fear », mené sur un rythme effréné, au chant plus mélodique, avant un final plein de rage assez inattendu ou « Psychic Trauma » mais en vérité il n’y a nul besoin ici de ressortir tel ou tel morceau plutôt que d’autres tant l’album est compact et solide. A tel point, qu’il ne laisse que rarement (à part sur le single, plus pop-punk, « I’m Not Part Of Me ») l’occasion à l’auditeur de reprendre son souffle tout au long de ces un peu plus de 30 minutes de colère et de frustration.

Si on veut chipoter un peu, on pourra regretter la disparition des quelques digressions bruitistes qui apportaient de la singularité à ces morceaux mais ce serait vraiment pour trouver une remarque un tant soit peu négative à formuler. Car pour le reste, il n’y a rien à redire à ces 8 titres. Même les textes (ce n‘est pas toujours le cas dans le genre), introspectifs, sont dignes d’intérêt, c’est dire ! Si le groupe assure aussi bien sur scène, il semble clairement promis à un avenir doré. Une très belle confirmation !

(Album – Carpark records)