bacchusJean Dytar ne sort pas beaucoup de livres. « La vision de Bacchus » n’est en effet que son deuxième et 5 ans se sont écoulés depuis la parution de « Le sourire des marionnettes ». Mais comment pourrait-il en être autrement alors qu’il met tant de lui-même dans chacun d’entre eux et qu’il démontre une ambition graphique à chaque fois hors norme et un souci du détail qui impressionnent !

Pour « Le sourire des marionnettes », qui contait l’histoire du fondateur de la secte des assassins, il avait déjà choisi, pour être totalement en symbiose avec ce qu’il racontait, un dessin s’inspirant des miniatures perses. Un véritable travail d’orfèvre, tout simplement magnifique. Avec « La vision de Bacchus », il récidive tout en changeant complètement de registre, rendant cette fois hommage à la Renaissance vénitienne et s’appropriant au passage leurs techniques pour proposer, à l’intérieur du récit, des reproductions d’œuvres de grands maîtres de l’époque, comme Bellini, le Titien ou Antonello de Messine. Pour un résultat une nouvelle fois majestueux. Dytar fait réellement montre d’un talent graphique exceptionnel ! Mais attention, cette virtuosité n’est pas gratuite. Elle sert en fait complètement le récit puisqu’elle permet au lecteur de totalement s’immerger dans le Venise de l’époque, théâtre de l’intrigue dont le thème central est l’Art.

« La vision de Bacchus » est en effet un tableau. Un tableau maudit qui influa profondément sur le cours de plusieurs vies. A commencer par celle de son auteur lui-même, Antonello de Messine, qui subit la vengeance de son commanditaire, un riche banquier qui voulait qu’il fasse un portrait de sa femme, nue, qui saisisse sa grâce absolue, sa beauté troublante, quelques années après sa réalisation. De cette femme, abandonnée un peu plus tard par un mari jaloux qui ne la regardait pourtant plus, lui préférant la beauté du tableau, à jamais la même, parfaite. Ou de Giorgio de Castelfranco, leur fils, tellement touché par ce qui se dégageait de ce tableau qu’il se fit la promesse de devenir peintre et de réaliser, quitte à en devenir fou, une œuvre qui incarne aussi bien la présence humaine.

Un récit grandiose qui nous plonge dans le tumulte artistique de l’époque et nous fait partager la vie des peintres vénitiens : les derniers progrès techniques (comme l’utilisation de la peinture à l’huile diluée avec de l’huile de lin, venue des Flandres, ou les premiers essais sur la Camera Obscura) et l’influence qu’ils ont pu avoir sur leurs œuvres, leur recherche d’absolu, l’émulation qui y régnait ou les mystères de l’inspiration…Gros coup de cœur ! Que l’on peut prolonger par une visite sur le site de l’auteur (www.jeandytar.com/la-vision-de-bacchus), tout aussi passionnant, dédié à l’œuvre!

(Roman graphique – Mirages)