chinedenbasAprès avoir récemment ressorti « Né un 4 juillet », le brûlot anti militariste de Kovic, 13e Note Editions fait une nouvelle fois la preuve de son engagement en faisant paraître « La Chine d’en bas », œuvre du dissident chinois Liao Yiwu, sa façon, marquante, de commémorer le 25e anniversaire des manifestations de Tian’anmen.

Liao Yiwu est quasiment devenu naturellement un opposant au régime communiste chinois. Il faut dire qu’un an après la répression sanglante des manifestations d’étudiants, d’intellectuels et d’ouvriers sur la malheureusement désormais célèbre place de Pékin, de 1989, il a été envoyé 4 ans dans une prison du Sichuan (où il a été ensuite torturé et a tenté de se suicider) pour avoir écrit des poèmes commémorant l’événement ! A sa sortie, étant devenu interdit de publication et ayant perdu tout statut social, amis dans le milieu littéraire et même femme, il est contraint de jouer de la flûte dans la rue pour gagner sa vie. Il réussira tout de même, en contournant la censure et en faisant sortir ses manuscrits à l’étranger, à publier une dizaine d’ouvrages (des essais, des récits et des recueils de poésie).

« La Chine d’en bas » n’est pas à proprement parler un nouveau récit. C’est en fait un recueil d’entretiens que l’écrivain a conduit avec des personnes diverses –un lépreux, un pleureur professionnel, un professeur de lycée, un abbé, un promeneur de cadavres ou un gérant de toilettes publiques- alors qu’il était encore en prison ou vivait dans la rue (il a réussi à franchir clandestinement, à pied, la frontière avec le Vietnam en 2011 et vit désormais à Berlin). Des hommes et une femme qui ont en commun d’avoir été, à un moment ou à un autre, des laissés pour compte des différents régimes communistes chinois depuis Mao. 28 histoires présentées sous forme de questions/réponses (dans un style qui varie suivant les interlocuteurs) dans lesquelles ces marginaux (et il en faut peu, en Chine, pour le devenir…), ces oubliés de la Chine peuvent enfin parler, eux qui n’ont jamais eu le droit de dire ce qu’ils pensaient sous peine d’être mis au ban de la société, voire de croupir en prison. Libérés ici de la censure, ils racontent ! L’absurdité et la violence des différentes politiques (et notamment du « Grand Bond » qui obligea les paysans à abandonner la culture de la terre pour produire de l’acier et aboutit à une famine ayant engendré près de 30 millions de morts !) menées par Mao pour faire de son pays un concurrent économique de l’Angleterre, voire des Etats-Unis. La façon dont le parti contrôlait villes et campagnes en noyautant chaque district et en faisant de la dénonciation une arme de dissuasion massive. Les séances de sévices physiques et d’humiliations qui voyaient les « ennemis » du peuple admettre lors de réunions publiques qu’ils étaient de vils droitistes ou, pire, des contre-révolutionnaires vénales mettant en danger les fondements du socialisme chinois.

Ce livre est un document précieux : il offre la possibilité à ces personnes d’enfin être entendues et à la vérité de voir le jour. Et c’est toute l’histoire de la Chine de ces 60 ou 70 dernières années (le maoïsme, la révolution culturelle, les réformes engagées par Deng Xiaoping ou l’évolution capitaliste de ces dernières années) qui apparaît graduellement sous nos yeux médusés tant certaines révélations sont hallucinantes. Vraiment passionnant et édifiant. A absolument mettre entre toutes les mains !

(Recueil d’entretiens – 13e Note Editions)