berline033_the_abyssAprès un « planned obsolescence » majestueux, les lillois se retrouvent confrontés au passage difficile du deuxième album. Pour cela ils ont choisi d’illustrer leur pochette avec une belle photo de l’artiste Dror Daum. Point d’éclaircie pour autant, leur musique se veut toujours aussi sombre. L’album débute sur les chapeaux de roue avec l’excellent « Solar Striker », sans aucun doute l’un des grands moments de ce disque. On y découvre un groupe au meilleur de sa forme, soutenu par un son imposant. La guitare vous triture les nerfs, répétant son motif à l’infini. Le chant semble noyé dans les effets, ce qui peut gêner, avant de comprendre que les effets font intrinsèquement partie de la compo, passant de la voix à la guitare pour rendre le final plus hargneux que jamais.  Excellent. La suite, tenue par un basse-batterie énorme et toujours aussi martiale, continuera de tisser une toile post-punk pas loin de te faire flipper. Le groupe explore les tréfonds, rappelant à ton bon souvenir tes pires cauchemars comme un bon film d’horreur. Le chant d’Emily déverse ses histoires, voix en avant, tel une Lyndia Lunch des temps modernes. N’y cherchez là aucune compassion. Les quatre n’ont jamais été aussi terrifiants, n’hésitant pas à aller flirter, parfois, avec les premiers Killing Joke, le groupe le plus flippant du monde. Ils vous tiennent et ne vous lâcheront plus. La basse tourne en boucle. Les effets sur la voix vous font perdre vos repères. La batterie pousse l’ensemble d’une énergie bienfaitrice. La guitare vous assène ses coups. Et les lillois frappent fort. « the abyss will gaze back » est dense, presque étouffant, mais terriblement captivant.
On regrettera peut-être un léger manque de musicalité dans le chant qui peut donner l’impression de monotonie sur la durée de l’album. Sensation que je n’avais pas eu sur le précédent. Peut-être. Mais en attendant, le groupe n’a jamais été aussi imposant que sur ce nouveau disque. Alors, un seul conseil : couchez les enfants et plongez-vous dans ces abysses plus sombres que jamais.

(Album – Rejuvenation / Et Mon Cul C’Est du Tofu / Katatak / Tandori / Bruisson)