kanopeEst-il encore vraiment nécessaire d’ici vanter les mérites de cette collection Mirages de Delcourt ? Probablement pas car on les a déjà souvent soulignés dans ces colonnes. Pourtant quasiment chacune de ses nouvelles sorties nous pousse à le faire. Et « Kanopé » ne fait pas exception.

Et pourtant, en l’occurrence, ce n’était pas gagné d’avance puisque ce livre est la toute première bande dessinée publiée de Louise Joor. Mais comme on le dit parfois, pour un coup d’essai c’est un coup de maître car cette jeune auteure propose là un très beau récit d’anticipation mêlant histoire d’amour improbable et conscience écologique. Car « Kanopé » se passe en 2137 sur une terre devenue invivable. 10 milliards d’humains s’y entassent et les ressources naturelles, faute d’avoir pris les décisions qui s’imposaient, se sont taries. La végétation s’est peu à peu éteinte et les animaux ont disparu. Il reste en fait un seul endroit où la nature résiste : l’Amazonie. Seul problème : la forêt entière a été déclarée zone interdite suite à l’accident nucléaire de Manaus 119 ans plus tôt et à la contamination radioactive qui s’en est suivie. C’est pourtant bien là que Jean débarque vêtu d’une combinaison et d’un système sonore protecteur : il fuit la prison…ou la mort. Hacker, il a en effet crée un virus permettant de pénétrer les réseaux informatiques sécurisés des grandes multinationales qui se font du fric sur la santé des gens pour changer, à leur insu, les décisions prises par leurs dirigeants et, peut-être, sauver la planète. Poursuivi par 2 robots flics, il trouve refuge dans une cabane au beau milieu des arbres. La cabane de Kanopé. Une jeune femme qui vit là, seule, non loin du village des gens du Peuple…

Difficile de croire que « Kanopé » soit vraiment la première œuvre de Joor (Et en auteur complet ! Puisqu’elle s’est chargée du dessin, du scénario mais aussi des couleurs) tant la jeune femme fait ici preuve de maîtrise narrative et de maturité graphique (avec un dessin semi-réaliste très lisible mais qui n’en oublie pas d’être expressif). Et, peut-être plus important encore, d’une sensibilité qui rend l’histoire touchante et attachante. On aime notamment beaucoup sa façon de mettre en scène la rencontre entre Jean et Kanopé ou les scènes (très inspirées de la philosophie amérindienne) plus contemplatives qui mettent en exergue la beauté de la nature et tout ce que l’on pourrait perdre un jour si l’on ne réagissait pas rapidement. Une mise en garde écologique (Fukushima ne doit pas y être étranger) particulièrement inspirée. Pas sûr malheureusement qu’elle soit entendue…

(Récit complet – Mirages)