meilleursennemisP2Jean-Pierre Filiu et David B. poursuivent, avec cette deuxième partie (il y en aura 3 en tout) des « Meilleurs ennemis » leur grand défi : raconter en images l’histoire des relations entre les Etats-Unis et le Moyen orient. Un défi pour le scénariste car il y avait là (Filiu a décidé de commencer sa première partie en 1783) une matière énorme qu’il a fallu débroussailler, clarifier, mettre en lien et vulgariser quelque peu pour rendre le tout compréhensible. Un gros travail si l’on songe à la complexité de la géopolitique dans les pays arabes, notamment durant la période concernée par ce second tome. Mais aussi, bien sûr, pour le dessinateur qui doit se montrer particulièrement inventif et ludique pour rendre vivant un récit qui expose des courants politiques, parle de choix diplomatiques ou de coups d’état. Mais pour cela, on peut faire confiance à David B. qui livre ici, comme à son habitude, un travail graphique superbe emmené par son habituel noir et blanc fétiche où les aplats sombres dominent.

Une deuxième partie de nouveau passionnante donc, d’autant qu’elle couvre une période charnière des relations entre la première puissance mondiale et les pays arabes. Car si les Etats-Unis étaient populaires jusqu’à lors au Moyen orient, soutenant notamment le président égyptien Nasser dans le conflit qui l’opposait à la France, à Grande-Bretagne et à Israël en 1956, la guerre des 6 jours de 1967 (qui verra la victoire d’Israël sur ses voisins arabes et leur annexion de nouveaux territoires, notamment tout le plateau du Golan et ce grâce à l’appui américain) les fait définitivement basculer dans l’autre camp : celui des ennemis des arabes.

Il faut dire qu’à partir de ce moment-là les Etats-Unis considèrent Israël comme un bastion avancé du monde libre face aux alliés arabes de l’URSS et avec chaque insurrection ou guerre dans la région (la guerre du Kippour en 1973, la révolution islamique de Khomeiny pour renverser le Shah en Iran, la guerre du Liban ou l’intervention russe en Afghanistan), ils œuvrent en coulisses pour réduire l’influence que Moscou peut y avoir. D’où leur soutien quasi indéfectible à Tsahal ! Ou le financement, au travers de la C.I.A. et avec l’aide des saoudiens (et notamment d’un certain Ben Laden…), de la rébellion des jihadistes afghans contre la présence russe. Avec les conséquences que l’on connaît…Mais n’allons pas trop vite : les auteurs devraient en parler dans la dernière partie…Un triptyque en tout cas incontournable pour ceux qui ont envie de comprendre comment on en est arrivés à la situation actuelle au Proche orient !

(Triptyque – Futuropolis)