leonard_salaiSi l’on connaît le grand talent d’illustrateur et d’auteur jeunesse de Benjamin Lacombe, on était vraiment curieux de voir ce que son passage au roman graphique allait donner. D’autant que celui-ci sortait dans la prestigieuse collection Noctambule ! Pour l’occasion, Lacombe a demandé à Paul Etchegoyen de l’épauler pour réaliser ce diptyque : le second se chargeant du dessin des décors et le premier s’occupant du reste : scénario, dessin des personnages, peintures et couleurs.
Un travail à quatre mains totalement réussi ! Et peut-être nécessaire quand on voit l’ampleur et l’ambition du projet. Exactement comme Dytar l’avait fait pour « La vision de Bacchus » (récemment sorti dans la collection Mirages de Delcourt), Lacombe a en effet reproduit, chaque fois que le récit le demandait, des œuvres de celui dont il conte ici la vie : Léonard de Vinci. Dont une magnifique « Cène » en double page. Et comme la recherche de perfection dans la reproduction des décors (notamment de l’architecture renaissance de l’époque) d’Etchegoyen, parfaitement visible dans sa première double page (superbe !) montrant une vue de Florence en plongée, a le même niveau d’exigence, il fallait bien être 2 pour venir à bout de ce « Léonard et Salaï » !
Qui raconte, comme on l’a dit, la vie du grand de Vinci. Mais pas celle du Vinci vieux et à la barbe blanche que l’on nous montre souvent. Non, celle de l’artiste dans la force de l’âge : végétarien, humaniste, homosexuel (sa relation avec son jeune modèle, qu’il a surnommé Salaï –diablotin en italien- est d’ailleurs au centre du scénario de Lacombe) et aux prises avec les problèmes du quotidien d’un peintre : les commandes que l’on recherche pour éponger les dettes, les difficultés techniques que l’on tente de contourner pour qu’une fresque tienne sur un mur d’église humide ou la concurrence de peintres rivaux (comme Michel-Ange) qu’on lui met parfois dans les pattes pour lui mettre la pression. Mais aussi les recherches constantes pour mettre au point machines volantes ou solutions d’ingénierie…
Un récit aussi intéressant à lire qu’à regarder (Lacombe a placé des peintures oniriques en double page en guise de transition entre les scènes, que l’on peut voir comme des incursions dans la psyché de l’artiste) qui nous donne l’occasion de découvrir un autre Léonard de Vinci, plus authentique. Vivement la fin du diptyque !

(Diptyque – Noctambule)