blast4Jusque là, les 2 flics ont été relativement patients, laissant Polza raconter à son rythme les évènements qui ont ponctué sa longue fugue qui s’est ensuite transformée en cavale. Mais maintenant, on est entrés dans le vif du sujet et ce que Polza a consciencieusement évité depuis le début, la mort de Carole Oudinot et le meurtre de son père Roland, doit maintenant être abordé. Et les questions restées en suspens avec ! Par exemple si notre homme n’a pas tué Roland, comme il l’affirme, comment se fait-il que ce soit son revolver qui ait été utilisé pour son assassinat ? Et pourquoi a-t-on retrouvé des emballages de barres chocolatées Funky, les préférées de Polza, sur les lieux où le cadavre a été brûlé ? Sans parler, bien entendu, des circonstances de la mort de Carole elle-même…
On sentait depuis le début que « Blast » avait tout du chef-d’œuvre. Mais tant que l’on ne tient pas le dernier tome entre les mains, il subsiste toujours, malgré tout, un petit doute. Eh bien, le petit doute est maintenant levé : Larcenet clôt en effet ce huis-clos de 800 pages comme il l’avait ouvert : magistralement. Alors que dire que l’on n’ait pas encore dit au sujet de cette série absolument incontournable, violente, incroyablement dure mais très belle aussi, qui, à l’instar du dessin noir (, gris) et blanc (ponctué ici ou là, lors des blasts de Polza, de dessins colorés réalisés par les enfants mêmes de l’auteur) ne fait que naviguer entre ombre et lumière, ténèbres et clarté, noirceur absolue et bonheur éclatant ?
Peut-être que Larcenet n’a jamais aussi bien maîtrisé l’art de l’encrage que sur ce tome 4, graphiquement magnifique ! Que l’on aime la façon dont « Blast » s’intéresse à ceux qui veulent s’affranchir des normes imposées par la société. Ou que l’on n’insiste pas assez sur la qualité du style (et là je ne parle pas de son dessin mais de ses mots) de Larcenet, dont sourd parfois une vraie poésie. Que l’on a apprécié que le récit exige que l’on aille au-delà des apparences, souvent trompeuses, pour voir ce qui se cache derrière un dealer ou un obèse repoussant… Mais aussi qu’il ne faut pas manquer les clins d’œil aux auteurs qu’il apprécie que Larcenet parsème ici ou là : comme à Ferri, bien sûr, son comparse de longue date, à qui il a demandé de réaliser les strips (que Roland fait lire à Polza) de « Jasper l’ours bipolaire », à Servais, au travers de la contemplation de la nature et de ses merveilles (moments que l’auteur saisit d’ailleurs avec beaucoup de vérité), à Baru, avec les plongeons de Polza depuis l’échelle d’un haut fourneau désaffecté qui rappelle « La piscine de Micheville » ou à Davodeau (et à ses « Amis de Saltiel », sa première série), au travers des Moaïs sculptés de Roland…Et, pour finir, que l’histoire de Polza va rester un bon bout de temps dans nos esprits !

(Série en 4 tomes – Dargaud)