mobydickLe « Moby Dick » d’Herman Melville est probablement l’un des romans qui a été le plus adapté. Rien qu’en bande dessinée, on peut, de mémoire, en dénombrer 3 ces dernières années : le « Moby Dick », marquant, de Rouaud et Deprez chez Casterman, celui de Chabouté sorti chez Vents d’ouest et donc celui-ci, signé Alary et Jouvray (notamment scénariste de « Lincoln ») qui sort dans la toujours excellente collection Noctambule. Du coup, on était en droit de se demander s’il était bien pertinent de proposer une énième adaptation de ce chef-d’œuvre de la littérature américaine.
Eh bien la réponse, à la normande, est oui et non. Non parce que l’histoire est désormais très bien connue et que les précédentes adaptations citées plus haut étaient particulièrement réussies. Et oui parce qu’Alary et Jouvray parviennent ici à mettre en exergue avec talent ce qui fait le sel du roman : la véritable plongée dans la folie du capitaine Achab (qui prend ici des airs méphistophéliques sous le crayon d’Alary, qui propose un dessin très réussi, fait de crayonnés poussés encrés de façon brut de décoffrage) capable de mettre en péril tout son équipage pour assouvir sa vengeance, obsession qui hante ses nuits depuis que l’immense cachalot blanc lui a pris une jambe : tuer Moby Dick ! Mais aussi l’amitié entre Ishmaël et l’indien Queequeg ou la prise de conscience de toute la démence de cette entreprise par l’officier en chef, Starbuck, prêt à un moment à tuer Achab pour éviter qu’il n’emporte avec lui tout l’équipage de la Pequod en enfer. C’est donc bien leur « Moby Dick » qu’Alary et Jouvray proposent ici, que l’on appréciera bien entendu d’autant plus si on ne connaît pas l’histoire.

(Roman graphique complet – Noctambule)