grandeguerreJoe Sacco est hanté depuis son enfance par la première guerre mondiale : en Australie, où il a grandi, ils célébraient tous les 25 avril l’anniversaire du débarquement des Corps d’armée australien et néo-zélandais à Gallipoli, en Turquie. Il a, depuis, du coup, souvent caressé l’idée de réaliser un livre sur la der des ders. Si le projet n’avait jusque là pu se faire, l’auteur ayant couvert d’autres conflits (en ex-Yougoslavie ou en Palestine, notamment) ou traité d’autres sujets entre-temps, il vient de voir le jour avec ce « La grande guerre ».
Et si, en cette année qui marque le centenaire du début du conflit, bon nombre d’ouvrages vont paraître pour rendre hommage aux soldats morts dans les tranchées, Sacco se démarque de ses collègues avec cette œuvre atypique présentée dans un superbe coffret. L’auteur américain a en effet choisi de reconstituer le premier jour de la bataille de la Somme heure par heure sous la forme d’une fresque muette de 7 mètres de long présentée sous forme de livre accordéon ! Un travail graphique qui impressionne de par son incroyable précision et son souci de la perfection, qu’elle soit graphique ou historique (Sacco a fait un très gros travail de recherches, rencontrant historiens et visitant les archives de l’Imperial War Museum de Londres à maintes reprises pour que sa reconstitution de la vie dans les tranchées mais aussi des canons, des uniformes ou des véhicules soit la plus fidèle possible). Et qui frappe de par les choix qu’il fait : Sacco ayant décidé, pour rendre son dessin compact (il a pris pour cela comme exemple la tapisserie de Bayeux), d’ignorer les perspectives et les proportions, les préparatifs de l’assaut, la bataille elle-même, le poste de secours avancé et le cimetière ont ici une grande proximité visuelle, rendant le message encore plus saisissant…
Comme la fresque est muette, un livret avec une préface de l’écrivain Adam Hochschild qui explique heure par heure le déroulement de cette journée dramatique du 1er juillet 1916 (ce fût la bataille la plus sanglante de la grande guerre avec près de 20 000 morts dés le premier jour, et ce uniquement du côté britannique) ainsi qu’une reproduction des 24 planches de la fresque annotée par Sacco lui-même l’accompagne. Le tout, autre bonne idée, rédigé en français et en allemand. Un hommage fort et singulier à ces soldats que l’on a littéralement envoyés à l’abattoir, dont les parisiens peuvent déjà avoir un bon aperçu puisque l’ensemble de la fresque de Sacco sera repris sur 130 mètres dans le métro de la capitale le long du tapis roulant de la station Montparnasse-Bienvenüe en juillet et en août.

(Coffret – Futuropolis)