tournedisque1930. Le virtuose du violon Eugène Ysaÿe est invité à donner un récital à Léopoldville, au Congo, dans le cadre de la commémoration du centenaire de l’indépendance de la Belgique par le gouverneur de la colonie belge. Le vieil homme (il a presque 70 ans) accepte l’invitation : il en profitera pour passer quelques semaines chez son neveu Jean et son épouse Anne au bord du lac Maï Ndombé. Mais lorsqu’il arrive sur place, le musicien souffre d’un affreux torticolis (les conséquences du long vol pour rejoindre l’Afrique) et ses hôtes l’abandonnent rapidement pour se rendre au chevet de leur fils qui vient d’avoir un grave accident de voiture et se trouve dans un hôpital de Léopoldville. Heureusement, Marie est encore là pour lui préparer de bons petits plats et surtout Tourne-disque, un boy congolais embauché par le père de son neveu pour passer des disques sur leur gramophone lorsqu’ils ont envie d’écouter de la musique, avec qui Eugène va nouer une relation d’amitié très forte…
Zidrou revient avec une fiction inspirée de faits réels qui ne décevra pas ses fans. On y retrouve en effet les ingrédients qui font habituellement le sel de ses histoires : un savant dosage d’humour et d’humanisme ainsi qu’une tendresse évidente pour ses personnages. Un ton en dessous de ses précédentes œuvres (et notamment de « La peau de l’ours » ou « Les folies Bergère »), « Tourne-disque », traité sur un mode en apparence plus léger (il est plutôt doux-amer en fait), reste néanmoins un bon récit qui vaut bien sûr surtout pour cette belle rencontre, assez improbable a priori, entre le cultivé et fin musicien belge (qui a réellement existé) et Tourne-disque (on ne connaîtra jamais son vrai prénom), le boy noir dont le travail consiste, depuis 39 ans, à mettre des 78 tours sur un gramophone au fin fond du Congo. Une histoire simple mais racontée avec justesse (la remarque vaut aussi pour le dessin de Beuchot dont le trait fin et élégant est aussi fluide qu’expressif) et subtilité, qui entend également, au passage, mettre à mal nos a prioris de (néo)colonisateurs.

(Récit complet – Le Lombard)