la_faute2 ans que Michaël Sztanke et Alexis Chabert attendent pour avoir un visa pour la Corée du nord. Mais cette fois, après d’âpres et longues négociations avec les autorités nord-coréennes, ils ont obtenu le précieux sésame : un visa d’une semaine ! Arrivés dans la capitale, les 2 hommes déchantent cependant rapidement : alors qu’ils viennent de faire 10 000 kilomètres pour rejoindre Pyongyang, ils passent en fait le plus clair de leur temps dans leur hôtel à attendre les permissions de sortie ou de visite des hautes autorités. Et quand ils peuvent enfin sortir, ils sont surveillés de très prés par Chol-Il, le guide qu’on leur a attribué pour l’ensemble de leur séjour ! Ils ne peuvent, en conséquence, que rarement filmer ou prendre de photos, ne doivent pas poser de questions irrespectueuses envers le régime ni parler à des inconnus et sont obligés de se conformer à la lettre au programme qu’on leur a concocté : visites des réalisations phares du régime, dépôt d’une gerbe de fleurs et invitation à s’incliner devant les statues gigantesques des 2 « soleils » de la Corée du nord : Kim Jong-Il et Kim Il-Sung et passages obligés par les monuments faisant la fierté du régime…
Comment parler, et surtout montrer, le pays le plus secret et le plus opaque de la planète ? Peut-être justement, comme ont choisi de le faire les auteurs, en mettant en évidence à quel point les visites y sont surveillées, encadrées, bref verrouillées ! Mais finalement comment pourrait-il en être autrement alors que le guide des visiteurs joue son honneur, et même sa vie et celle de toute sa famille, quand on lui donne pour mission (car c’est vraiment de cela dont il s’agit !) de prendre en charge un groupe d’impérialistes, forcément irrespectueux du régime de Corée du nord et qui n’aura pour but (c’est bien entendu ce qu’on leur répète à longueur de temps depuis l’école) que d’espionner le pays. Et quand, en plus, comme Chol-Il, on vient de faire une grave faute (il a perdu son badge représentant les portraits de Kim Il-Sung et kim Jong-Il et n’a pu le porter aux funérailles de ce dernier…), cela devient encore pire : il faut absolument se racheter auprès de sa hiérarchie qui vous met alors une pression de tous les instants !
On a beau savoir de quoi le régime de Pyongyang est capable, ce récit reste malgré tout édifiant, faisant notamment parfaitement ressentir la paranoïa qui s’empare de vous lorsque vous pénétrez en Corée du nord tout en mettant en exergue la pression, la surveillance, la censure qu’exerce le régime (détenteur de la pensée unique !) sur ses concitoyens pour les contrôler. Difficile de croire que cela existe encore au XXIe siècle !

(Récit complet – Delcourt/Mirages)