s_gipiOn a déjà eu l’occasion de le dire dans d’autres chroniques : Gipi a ce quelque chose que peu d’auteurs possèdent. Cette façon de vous faire entrer dans ses histoires sans que vous ne vous en aperceviez, de vous parler de vous alors qu’il n’aborde que des choses très personnelles, bref de rendre ses livres indispensables. C’est une nouvelle fois le cas de « S. », récit typiquement « Gipien » puisqu’on retrouve son dessin très personnel, reconnaissable entre 1000, au trait simple, fin et spontané, comme venu du plus profond de vos souvenirs, ainsi qu’une narration complètement déstructurée. Des choix on ne peut plus logiques puisque Gipi vient de perdre S., son père. Et le récit feint de suivre, sur le vif, comme en direct de son cerveau, ce qui se passe dans les méandres de la tête de l’auteur dans les jours qui suivent. Voilà pourquoi on navigue ici entre présent et passé, entre démarches à effectuer suite à ce décès (respect de ses dernières volontés, choix de la crémation, volonté d’aller répandre ses cendres en mer, endroit qu’il adorait plus que tout autre), souvenirs de ce père antimilitariste, facétieux et volontiers grossier (il aimait dire « cul » à tout bout de champ) et histoires qui hantaient son paternel et qu’il racontait parfois lors des repas familiaux.
Entre une escapade sur une plage en plein terrain militaire interdit (le fil rouge du récit, en fait), le bombardement par les américains de la ville de sa fiancée –la future mère de Gipi-, une rafle de soldats allemands qui l’obligea, lui et le futur mari de sa sœur, à se cacher pendant de longues minutes sous le plancher de la cuisine ou les réflexions de cet homme devenu vieux et presque aveugle, c’est, par petites touches, le portrait d’un père que Gipi brosse ici. Un portrait plein de fierté pour cet homme courageux. D’admiration et d’amour aussi. Et un superbe hommage.
(Récit complet – Futuropolis)