cetaitlaguerreEn cette année de centenaire du début de la guerre 14-18, on a déjà eu, et on va encore, avoir droit à nombre de documentaires, hors séries et publications sur la der des ders. La bd n’y échappera pas non plus. Difficile, du coup, de reprocher à Casterman de rééditer « C’était la guerre des tranchées ». Car Tardi n’a pas attendu cette commémoration pour s’intéresser à la grande guerre. Et parce que cette œuvre, initialement paru en 1993, reste l’une, voire LA référence dans le genre.
En une dizaine de récits courts, l’auteur raconte ici les destins brisés des poilus : celui de Binet, tombé sous la mitraillette d’un boche alors qu’il était à la recherche d’un camarade parti en reconnaissance dans le no man’s land ; celui de jean Desbois, choisi au hasard avec 2 de ses camarades de la 3e compagnie pour passer au peloton d’exécution pour avoir fait demi-tour lors d’un assaut (le troisième en 48 heures) alors que la moitié de la compagnie avait déjà été tuée ; celui de Grumeau, emporté par la gangrène alors qu’il s’était entaillé la cuisse et y avait appliqué un emplâtre infecté quelques heures plus tôt pour enfin quitter l’horreur du front ou celui du soldat Huet à qui l’on ordonna d’ouvrir le feu sur des femmes et des enfants (ils n’étaient pas français mais belges…) derrière lesquels se cachaient des soldats allemands…
En fait, tout le livre n’est qu’un cri d’horreur face à ce « désastre, cette honte, ce recul de la civilisation toute entière ». Un cri d’indignation face à l’injustice de cette guerre qui a vu les pauvres se battre pour les riches, ceux des colonies –arabes, sénégalais, indochinois- être envoyés en première ligne en priorité, les simples soldats se faire exécuter pour avoir volé un simple litron de vin. Un cri de rage face au nombre de destins brisés, de vies endeuillées, et de jeunesses volées par la faute de quelques chefs incompétents et irrespectueux de la vie de leurs concitoyens. Un cri libertaire et anticlérical dur et violent (le dessin de Tardi, tout en noir, gris et blanc, ne cache rien de l’horreur de la guerre, bien au contraire) qui est toujours aussi fort 21 ans après. Indispensable ! D’autant que cette nouvelle (très jolie) édition propose, en bonus, un grand nombre de dessins préparatoires ou d’illustrations réalisées par l’auteur sur le même sujet et qui ont auparavant paru dans des magazines.

(Réédition – Casterman)