colonne t2Partie en 1899 de Dakar, la colonne menée par le capitaine Boulet (et missionnée par l’état français pour consolider son empire sur ce continent) continue de s’enfoncer dans les terres africaines, semant l’horreur et la barbarie là où elle passe. Le colonel envoyé par le gouvernement (qui a trouvé que là c’était quand même trop) pour reprendre son commandement n’a d’ailleurs pas de mal pour suivre sa trace : têtes enfoncées sur des pieux ou villages pillés et en cendres lui indiquent le chemin pour rejoindre un Boulet devenu fou et se sentant tout puissant…
On se croirait presque dans le théâtre de l’absurde, chez Jarry et son Ubu par exemple, tant tout ici paraît outrancier, exagéré et complètement surréaliste : les africains que l’on traite comme des animaux dont on peut disposer selon son bon vouloir, tout un marché que l’on extermine parce que ses vendeurs refusaient de contribuer, en viande et en légumes, à la mission de la colonne…Une impression encore renforcée, bien sûr, par le ton tragi-comique choisi par Dabitch pour narrer son histoire et le dessin décalé de Dumontheuil.
Oui, on en rirait presque de cette surenchère de violence si elle n’avait réellement existé, les auteurs relatant ici des faits bel et bien réels (ils n’ont en fait changé que les noms de Voulet et Chanoine en Boulet et Lemoine). Et même si l’on sait toutes les horreurs et les souffrances que la colonisation a engendrées, on reste consternés face à la barbarie et à l’inhumanité que l‘état français a souvent cautionnées pour servir ses intérêts économiques. Voilà le diptyque idéal à offrir à tous ceux qui pensent encore en 2014 que la colonisation a eu un rôle positif !

(Diptyque – Futuropolis)