fataleSi l’œuvre de Manchette a déjà souvent été transposée en bande dessinée (par Tardi, à plusieurs reprises ou par Cabanes, déjà, avec le diptyque « La princesse de sang », chez Aire libre), cette nouvelle adaptation de Cabanes (secondé par Doug Headline, le fils de Manchette, pour le scénario) n’est pas la moins surprenante !
« Fatale » commence d’ailleurs par une scène choc : le meurtre d’un chasseur, Roucard, ventru et sanguin nous dit le romancier, à bout portant, à la chevrotine, par une femme, du genre brune et irrésistible. Une femme qui s’empresse ensuite de prendre le train, dans lequel elle se teint les cheveux et se fait une nouvelle identité, pour aller s’installer à Bléville et y refaire sa vie. Enfin, « y refaire sa vie », ça c’est ce que l’on croit de prime abord. Car on comprend rapidement que celle qui se fait désormais appeler Aimée Joubert est en fait à la recherche d’une nouvelle affaire…Ainsi, sitôt arrivée, elle étudie la presse locale, s’arrange pour fréquenter la belle société de la petite bourgade et, surtout, est à l’affût de tous les ragots et autres histoires de cul qui pourraient déboucher sur une opportunité. Car la jeune femme est une tueuse professionnelle qui propose ses services à qui en a besoin : femme trompée par son mari, petite entreprise escroquée ou citoyen injustement calomnié et trainé dans la boue. Mais cette fois, malgré sa discrétion et sa rigueur, les choses ne vont pas tourner comme prévues…
Fatale, comme cette femme, belle et séduisante, par laquelle la mort arrive, bien sûr. Mais fatale, aussi, comme l’attitude des nantis de Bléville (businessmen pollueurs et véreux capables de mettre la vie d’autrui en péril par appât du gain, journalistes, médecins et maires qui acceptent de se faire corrompre pour étouffer une affaire ou faire taire des gêneurs) qui va leur coûter la vie, châtiment bien mérité selon Manchette. Un bon roman noir, sombre et désenchanté à souhait (partout où elle passe, Aimée n’a que l’embarras du choix pour trouver des contrats pour éliminer des pourris…) parfaitement adapté par Cabanes (découpage très fluide, mise en images mêlant différentes techniques graphiques très réussie) dans lequel le gauchiste Manchette s’octroie un petit plaisir : voir salauds, pourris et autres vermines, bref ce que notre société a de plus moche, se faire buter par la beauté incarnée…

(Récit complet – Aire libre)