mort-tsar-t1-gouverneurMoscou, 17 septembre 1904. Alors que la foule en colère et affamée s’est réunie devant le palais du gouverneur général de Moscou, le Grand Duc Sergueï Alexandrovitch, après l’arrestation d’une femme devenue folle parce qu’elle n’avait plus de bois pour entretenir son fourneau, l’armée a ouvert le feu, sans attendre le signal du Gouverneur. Bilan : 47 victimes : 32 hommes, 12 femmes et 3 enfants. Et une autre à venir : le Grand Duc, dont la mort est annoncée partout dans Moscou. Tout ce que la ville compte comme anarchistes ou révolutionnaires a en effet juré de le tuer. Ses employés se comportent comme s’il était déjà mort et l’on parle avec insistance, dans les travées du pouvoir, de son successeur. Même sa femme lui a envoyé son notaire pour mettre les papiers en ordre…
Après le diptyque « La mort de Staline », Nury et Robin poursuivent, avec bonheur, leur cycle russe avec ce nouveau diptyque. Et après s’être intéressé au dictateur communiste, c’est cette fois sur la période de la révolution russe que le duo a jeté son dévolu avec cette véritable chronique d’une mort annoncée. Avec bonheur car tous les choix des auteurs s’avèrent ici particulièrement inspirés. Que ce soit l’angle choisi, assez étonnant tout de même, pour aborder cette période de troubles en Russie : la situation inextricable, qui tient de la tragédie grecque (pas surprenant d’ailleurs qu’une scène d’ « Agamemnon » soit présente dans le récit), dans laquelle se trouve Sergueï Alexandrovitch qui va se faire assassiner parce qu’il est l’oncle du tsar Nicolas II qui cristallise toutes les rancœurs : celles de ses opposants, révolutionnaires, ou non, mais aussi celles du peuple. Le ton adopté pour relater les évènements, qui mêle tragique et comique (avec la scène de la sortie nocturne, en secret, au bordel, du Gouverneur, par exemple). La compassion que les auteurs font naître (en éclairant d’autres facettes de sa personnalité : sa sensibilité, sa fragilité, son homosexualité, sa sympathie pour le peuple, derrière son statut de Gouverneur et représentant du Tsar), de manière inattendue, chez le lecteur, pour Alexandrovitch. Ou le travail graphique (un dessin expressionniste léché à la force évocatrice évidente) magnifique de Robin qui débouche sur quelques scènes particulièrement fortes. Un excellent premier tome !

(Diptyque – Dargaud)