hommesalamerA l’origine, Riff Reb’s n’avait pas prévu de réaliser une trilogie maritime. Mais après l’excellent « A bord de l’étoile Matutine » (qui avait d’ailleurs inauguré cette précieuse collection Noctambule), notre homme n’avait pu se résoudre à quitter le monde des marins et de la flibuste. Et après avoir adapté Mac Orlan, c’est sur une œuvre de Jack London, « Le loup des mers », qu’il jeta ensuite son dévolu artistique pour en faire une relecture graphique tout aussi réussie. C’est alors que l’idée d’une trilogie commença à germer dans sa tête, peut-être stimulée aussi par un éditeur ravi du très bon accueil, critique et public, réservé aux titres mentionnés plus haut. Ne restez plus alors qu’à trouver un roman de la trempe d’ »A bord de l’étoile Matutine » et « Le loup des mers ». Pas une mince affaire. D’ailleurs aucun ne parvint à satisfaire Riff Reb’s totalement qui décida, du coup, de faire un peu différemment, en adaptant, cette fois, des nouvelles. Huit au total. De Conrad, Hodgson, Poe, Shwob, Stevenson et, bien entendu, Mac Orlan.
Un choix qui lui permet de se faire plaisir en prenant, ici ou là, le meilleur de ses auteurs préférés et de faire une sorte de tour d’horizon de la littérature contant la mer (cerise sur le gâteau, Riff Reb’s a également glissé, entre les nouvelles, des extraits de ses œuvres favorites en les accompagnant de magnifiques illustrations en noir et blanc). Bien sûr cela implique aussi une certaine variété dans la qualité (les récits, tous fort honnêtes, ne sont cependant pas tous aussi enthousiasmants que « Les chevaux marins », notre préféré, gothique à souhait) ou le genre abordé (les histoires sont parfois poétiques, humoristiques, étranges, tragiques ou fantastiques), ce qui ne nuit en rien à la réussite de l’ensemble, très homogène, tous les récits se trouvant unifiés par leur côté sombre (une caractéristique déjà présente dans les deux premiers tomes de la trilogie d’ailleurs) et surtout par le travail graphique une nouvelle fois impressionnant de l’auteur. Au delà de la fluidité du découpage ou de sa maîtrise narrative, c’est bien son magnifique dessin qui nous emporte avec lui dans ses récits. Son trait incroyablement précis et expressif n’a pas son pareil pour faire véritablement mugir les vagues prises dans la tempête, faire trembler les prisonniers que l’on va passer par la potence ou faire résonner le fer des épées qui s’entrechoquent lors des combats !
Bref, une très belle idée que ce recueil de nouvelles qui vient clore une trilogie en tous points réussis. A mettre sous tous les sapins de Noël !

(Recueil d’histoires courtes – Noctambule)