jankarski-hommequiIl est tout de même étonnant que le cinéma ou la littérature n’aient pas été davantage intéressés par l’histoire, incroyable, de Jan Karski. Car voilà tout de même un homme qui au cours de sa vie incroyablement riche et romanesque (la réalité dépasse parfois la fiction) a fait preuve d’un courage impressionnant et a vécu ce que d’autres ne vivraient pas en plusieurs vies. Mais jugez-en plutôt : ayant plusieurs fois échappé, comme par miracle, à la mort, il parvint un peu plus tard à s’enfuir d’un camion nazi l’emmenant dans un camp de travail. Recueilli par des fermiers polonais (il avait été grièvement blessé au cours de sa fuite), il rejoignit ensuite la résistance polonaise pour laquelle il joua le rôle de messager puis travailla à la propagande avant de remplir des missions aussi importantes que périlleuses : faire entrer des chefs de la résistance dans le ghetto de Varsovie contrôlé, bien entendu, par les nazis, et pénétrer, un peu plus tard, dans le camp d’extermination d’Izbica Lubelska, pour pouvoir ensuite témoigner de ce qu’il avait vu auprès du gouvernement polonais en exil à Londres et même auprès de Roosevelt et son état-major à Washington!
Rizzo et Bonaccorso ont eu la très bonne idée de sortir Jan Karski (ou Kucharski, Kozielewski ou Kruszewski, les autres identités qu’il a endossées durant cette période…) de l’oubli et de rendre hommage à ce véritable héros, homme au destin « bigger than life », dans ce bon roman graphique influencé par le comics américain (dans le format, le rythme, le découpage en chapitres et le dessin) qui ne se prive pas, au passage, de rappeler que les américains (et les anglais, donc) savaient, dés 1943, que les allemands avaient mis en place un plan d’extermination des juifs et qu’ils n’ont pourtant rien fait pour l’arrêter…Rien que pour cela, « Jan Karski » (qui aurait cependant mérité d’être plus développé car certains épisodes, frustrants du coup, sont un peu trop rapidement expédiés) mérite d’être lu. Un témoignage hallucinant qui donne vraiment envie de lire l’autobiographie de Karski, « Mon témoignage devant le monde », parue en 2010 chez Robert Laffont.

(Récit complet – Steinkis)