renetardi_stalag13Tardi poursuit son nouveau grand projet : adapter les carnets de guerre de son père (auquel l’auteur avait tout de même demandé d’y ajouter quelques précisions et éclaircissements avant sa mort) écrits en pleine seconde guerre mondiale. Après la violence et la sauvagerie de ses années passées en captivité (4 ans et 8 mois pour être précis) en camp de travail dans le Stalag II B non loin de la mer Baltique, en Poméranie orientale, ce tome 2, comme son titre l’indique, raconte, cette fois, le retour de René Tardi en France.
Et par « retour », il faut entendre « trajet de retour » car après le départ du camp de travail (les allemands, sentant la fin arriver, fuyaient les russes et leur réputation sanguinaire : on les appelait Ivan le terrible à cause de leur propension à piller, violer, saccager et violenter tout ce qui se trouvait sur leur chemin) en Janvier 45 (le 27 pour être précis), il faudra à René Tardi attendre quasiment 4 mois pour enfin revoir sa femme Henriette à la gare de Valence, le 23 mai 1945, à 15h !
4 mois passés sur les routes à faire de longues et usantes marches, dans le froid, la neige puis la boue, encadrés par des Posten (les gardes allemands) violents, ponctuées de petites pauses pour dormir pendant lesquelles les P.G. (les prisonniers) essayaient de faire main basse sur un poulet ou quelques légumes pour se nourrir à peu près décemment, en attendant patiemment l’arrivée des amerloques (si possible) ou des Russkofs (au pire…) et la vraie libération !
4 mois interminables qui ont vu chaque jour se ressembler : tenir le choc malgré la maladie, le froid, la faim, la vermine et des chaussures en lambeaux. Pas étonnant, du coup, que Tardi ait utilisé le même dispositif narratif que dans le premier tome : le même découpage en 3 cases horizontales, page après page, mis en couleur dans des dégradés de noir et de gris (et quelques touches de rouge, ici ou là), comme pour mieux coller à ce que son père et les autres P.G. pouvaient ressentir alors. Et on retrouve, de nouveau, aux côtés de Tardi père, Jacques, représenté en petit garçon, qui l’accompagne sur ces routes allemandes monotones et qui l’écoute raconter ce qu’il a vécu tout en faisant part de ses remarques (notamment pour critiquer d’un « c’est dégueulasse, papa » l’attitude de certains alliés à l’encontre des civils allemands une fois la guerre gagnée) et en ajoutant quelques faits historiques s’étant déroulé en même temps mais dont le père, forcément, ne pouvait être au courant.
Une façon originale de raconter cette guerre, de l’intérieur, mais aussi de renouer le dialogue avec ce père revenu hargneux et amer et de lui rendre hommage ! Un grand projet, vraiment !, que Tardi, bonne nouvelle, va poursuivre puisqu’il prévoit de raconter les années d’après-guerre de son père et notamment son retour, mais oui !, en Allemagne !

(Série – Casterman)