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Disappears

JESSICA 93+PETER KERNEL+DISAPPEARS, 21.01.15, LES TRINITAIRES (Metz)

Vous êtes déjà allés dans une salle de concert où il y a du carrelage et du parquet au sol ? Eh bien il faudra venir à Metz alors. Dans sa salle des Trinitaires, qui a beaucoup de charme. Il faut dire qu’il s’agit d’une ancienne église (qui faisait autrefois partie d’un couvent de carmélites) reconvertie en lieu de concert. Et je peux vous dire qu’avec son impressionnante hauteur de plafond, elle a un peu plus d’âme qu’une Smac…Par contre, il faut braver la rigueur du froid hivernal lorrain (il y avait un vent glacial ce soir-là) et…arriver à l’heure ! Car on est ponctuel aux Trinitaires (ce qui n’est pas plus mal quand on a ensuite de la route pour rentrer…) ! 20h30 à peine passées et Jessica 93 est déjà sur scène. C’est la première fois que je vois le parisien. Ces one man bands, comme lui ou Matt Elliott, qui affrontent seuls le public m’ont toujours impressionnés. Au moindre problème technique, le mec est vraiment dans la panade. Pas de batteur pour faire patienter le public avec une petite impro. Non, là, il n’y a pas de filet. Il n’y en aura pas besoin ce soir d’ailleurs. Avec le temps, Jessica 93 a amélioré son dispositif technique et il maîtrise désormais parfaitement son truc : il lance son riff, souvent basique et forcément très répétitif, sur sa boîte en rythme puis joue une ligne de basse, bien saturée et imposante, qu’il envoie ensuite en boucle pour pouvoir, enfin, se mettre à la guitare et plaquer des motifs noise ou psychédéliques. Le tout est cold, sombre et hypnotique. Et ce n’est pas le chant, du genre plaintif, qui va y changer quelque chose… On voit que le set est bien huilé mais le dispositif technique limite les possibilités. Du coup, les morceaux ont tendance à pas mal se ressembler. Je rentre malgré tout assez bien dans l’univers crée par Geoffroy Laporte même si je suis rapidement obligé de mettre mes bouchons car le son est vraiment hyper fort. Le bonhomme a du mal à communiquer avec le public (les rares tentatives seront maladroites) mais tant pis. Cela va finalement bien avec sa musique. Une bonne première partie donc même si elle se finit sur un morceau un peu décevant.

Jessica 93

Jessica 93

C’est le moment d’aller se boire une petite bière. Et donc de braver le froid. Car le bar est dehors ! Mais oui ! Il faut être motivé… Le temps que l’ami Antoine finisse sa clope et on rentre vite fait voir les Peter Kernel. La soirée prend une autre dimension. La salle s’est bien remplie : les messins sont visiblement venus pour voir le couple canado-suisse (on en aura d’ailleurs la confirmation un peu plus tard…) ! Le trio a désormais rôdé les morceaux du nouvel album en live et alors qu’il y a quelques semaines encore (je les avais vus à Nancy en décembre) il jouait encore beaucoup de titres issus de leur précédent et excellent opus « White Death Black Heart », il n’en joue désormais quasiment plus (2 en fait si mes souvenirs sont bons). Tant pis pour moi car je dois avouer avoir du mal à me faire à leurs nouvelles compos. Moins directes, moins spontanées, elles se prêtent moins au live, je trouve. Cela n’empêchera pas le groupe de livrer une très belle prestation, largement appréciée par le public. La complicité de Barbara et Aris, couple à la ville, rappelons-le, déjà claire sur disque devient évidente sur scène : les chants se répondent, les instruments dialoguent…Ces deux là prennent beaucoup de plaisir à être ensemble sur scène et c’est communicatif. D’autant qu’ils essaient souvent d’entrer en contact avec le public (même si ce soir Aris ne proposera pas, comme à Nancy, sa guitare au public pour qu’il en joue à sa guise au beau milieu d’un morceau…). Du coup, 3 filles se retrouvent rapidement à leurs côtés pour danser. Bonne ambiance… jusqu’à ce que la sécurité, bien trop zélée sur ce coup-là, les fassent descendre de façon virulente. A-t-on vraiment besoin de ces mecs bas du front à ce genre de concert très bon esprit ? C’est ce qu’a dû se dire Barbara Lenhoff qui a de nouveau invité les filles à revenir sur scène puis est carrément descendue pour les rejoindre au milieu du public…Un très bon « Panico ! This is love » plus loin et le set se termine de la plus belle des façons, des sourires aux lèvres de tout le monde. L’art-punk, de plus en plus pop, de Peter Kernel aura mis toute la salle d’accord !

Peter Kernel

Peter Kernel

On retourne se geler un petit coup dehors avant de voir le groupe pour lequel on est vraiment venus ce soir : les américains de Disappears ! J’étais vraiment curieux de voir ce que le groupe de Chicago pouvait donner sur scène ! Et leur set va diviser, c’est le moins que l’on puisse dire. Concentrés sur leur truc, les 4 gars ne parlent que très peu entre les morceaux. Et le concert est réglé au millimètre. Tout est sous contrôle et le groupe ne s’écarte visiblement que très peu de ce qui a été prévu. Bon il faut dire que c’est ce soir la première date de leur tournée européenne. Du coup, Disappears la joue sobre et appliqué. A moins que ce ne soit toujours comme ça. Peu importe. Cela ne m’empêche pas de bien rentrer dans le set. Le groupe fait la part belle aux morceaux du nouvel album, « Irreal ». Logique même si on aurait aimé entendre davantage de titres issus de l’excellent « Era », certainement davantage taillés pour le live. Les nouvelles compos poussent en fait la logique d’ »Era » jusqu’au bout et ne sont, du coup, pas vraiment faciles d’accès : elles sont plus répétitives et minimalistes que précédemment et fonctionnent souvent sur le même schéma : une rythmique solide (avec une basse quasiment dub par moments) sur laquelle les 2 guitaristes viennent frotter ici ou là quelques cordes ou plaquer des riffs simples, peu bruyants et répétitifs. Souvent sur le même mode. Hypnotique ! Comme le chant monocorde de Brian Case, de plus en plus discret d’ailleurs. Et les saillies épileptiques qui surgissaient parfois des morceaux autrefois ont quasiment disparu. Du coup, l’ensemble manque tout de même d’un peu de folie. Et même si le groupe semble rôdé dés sa première date, cela ne suffira pas à convaincre l’assistance. Car surprise, quand on jette un œil dans notre dos alors que le groupe retourne backstage, la salle est maintenant clairsemée…Pourtant, il n’y a pas de dernier métro à prendre ici…Ou alors les messins n’étaient simplement pas venus pour Disappears ! Du coup, on a même peur, un instant, que le groupe ne fasse pas de rappel. Heureusement, les 4 gars, professionnels jusqu’au bout, reviendront nous gratifier de 3 nouveaux morceaux de leur rock cérébral et abstrait aux racines post-punk, histoire de bien finir la soirée.

photos : Damien/Electrophone

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