gardienslouvrePas peu fières d’accueillir Taniguchi au sein de leur catalogue, les éditions Futuropolis ! Et on les comprend car le mangaka japonais était l’un des derniers maitres de la bd qui leur « échappait » encore. Du coup, Futuro lui a déroulé le tapis rouge en lui offrant une édition sur mesure : grand format, papier de qualité et, surtout, sens de lecture (inversé, donc, puisque les nippons lisent de droite à gauche) à la japonaise. Notre quatrième de couverture devenant donc, du coup, la première ! Une originalité formelle notable car si les lecteurs de mangas sont habitués à cette présentation, ceux de cette collection éditée en commun par Futuro et le Louvre le sont certainement beaucoup moins !
Des lecteurs qui seront cependant moins perturbés par le fond car le récit en lui-même ne surprend guère. Avec « Les gardiens du Louvre », Taniguchi fait en effet du Taniguchi. Il raconte ici l’histoire d’un auteur japonais (lui-même en plus jeune ?) qui décide, après le salon international de la bd de Barcelone, de prolonger son séjour en Europe en passant quelques jours à Paris. Mais alors qu’il avait prévu de visiter le Louvre, le voilà cloué au lit par une grosse fatigue et une fièvre intense. Le lendemain, se sentant un peu mieux, il se rend au célèbre musée mais est rapidement pris de vertiges. Quand il revient à lui, il se trouve dans une autre aile du Louvre et a face à lui une sorte de fée. C’est en fait l’un des gardiens magiques du Louvre chargés de veiller sur le musée et ses œuvres. Grâce à elle, il va avoir droit à une visite extraordinaire : il découvrira les coulisses du Louvre, rencontrera Asai Chû, un peintre japonais venu étudier en France en 1900 qui l’initiera à la peinture de Corot, discutera avec Van Gogh à Auvers-sur-Oise, apprendra comment, grâce à Jaujard, le directeur des musées nationaux de l’époque, les œuvres furent mises en lieu sûr avant l’arrivée des nazis et y reverra même sa femme décédée quelques années auparavant…
L’auteur réutilise en fait ici les principes scénaristiques de 2 de ses récits les plus célèbres : « L’homme qui marche » (avec cet auteur qui déambule et contemple œuvres et monde qui l’entourent) et « Quartier lointain » (avec ces changements de lieux et d’époques qui s’expliquent, peut-être, par la fièvre de notre homme). Si le récit est plutôt convenu pour qui connaît bien l’œuvre de Taniguchi, la narration est, par contre, parfaitement fluide et maîtrisée et Taniguchi livre, comme à son habitude, une partition graphique de haute volée : un travail en couleurs directes à l’aquarelle et un trait toujours aussi précis et délicat. Du grand art avec quelques reproductions de bâtiments du Louvre ou d’œuvres (comme la victoire de Samothrace) tout bonnement éblouissantes !
Un Taniguchi sympathique, à défaut de surprendre, donc, qui est aussi, bien sûr, l’occasion d’en apprendre un peu plus sur des chapitres méconnus de l’histoire du musée ou certains des artistes célèbres dont il accueille les œuvres.

(Récit complet – Futuropolis)