SENS C1+C4.inddL’ »histoire » (vous avez remarqué les guillemets…) ? Un homme qui cherche où aller. Qui guette les signes pour savoir dans quelle direction il doit continuer…On le suit ainsi, dans cette quête qui le verra, notamment, traverser un désert, un labyrinthe ou des salles mystérieuses pendant 256 pages muettes en noir et blanc…
On le sait, avec Mathieu, le lecteur a un grand rôle à jouer, l’auteur lui laissant clairement énormément de place dans son récit. Il doit d’abord décoder les énigmes dispersées à certains endroits par l’auteur (qui a crée une sorte d’alphabet, dont le code est donné au bout de quelques pages : il ne faut donc pas l’oublier !) et créer du sens (justement !) avec ce qu’il lit. Son sens ! Car il y en a forcément une multitude, le récit étant particulièrement ouvert.
Il peut lui donner un sens artistique en voyant « → » comme une réflexion sur la bd (quelle place faut-il laisser au lecteur? Tout récit doit-il avoir un sens ? Jusqu’à quel point l’auteur doit-il guider le lecteur pour le mettre sur la piste de ce sens ?) et l’Art en général. Un sens philosophique (on passe sa vie à chercher le sens de la vie pour se rendre compte, parfois trop tard, alors que l’on va mourir, que c’est nous qui lui donnons son sens). Ou un autre bien sûr. Car il peut y en avoir certainement beaucoup d’autres. C’est là le charme de ce récit. En plus d’être très ludique (en plus des énigmes dont on a déjà parlé, le lecteur trouvera une sorte de carte à déplier au beau milieu du livre…). Qui surprend, décontenance, bouscule, comme d’habitude avec son auteur qui aime jouer et expérimenter avec les codes de la bd pour essayer d’emmener ce média un peu plus loin, souvent aux confins de l’absurde.
Tout le monde n’aimera pas « → », soyons clairs. Et ceux qui veulent des récits « clés en mains » se demanderont plus d’une fois où Mathieu veut en venir et on ne conseillera pas, d’ailleurs, d’aborder l’univers de l’auteur par ce récit (mais peut-être plutôt par « Dieu en personne » ou « Les sous-sols du révolu », plus accessibles) qui pousse le bouchon expérimental encore plus loin que d’habitude. Mais à Positiverage on adore Marc-Antoine Mathieu !

(Récit complet – Delcourt)