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28 mars, Petit Bain.
Ce soir, les aïeux prennent leur revanche. D’un côté la grande prêteresse punk-no wave Lydia Lunch (et son Retrovirus), considérée comme l’une des fondatrices du mouvement No Wave américain, assénant ses textes proto-punk sur fond de musique déviante depuis 1977 ; de l’autre les frenchies de Kas Product, duo français culte, proposant leur punk-cold et synthétique dès 1980. Soirée de vétérans donc, même si dans la salle, la nouvelle génération, avide de découvrir les mythes, partage l’espace avec les vieux de la vieille voulant renouer avec leurs souvenirs de l’époque. Une chose est sûre, la péniche Petit Bain affiche complète.
Étrangement, ce sont les américains qui ouvrent le bal. Lydia Lunch a gardé tout son charisme, et l’âge semble ne pas avoir d’effet sur sa colère. A ses côtés, le groupe assure comme si nous étions en 1977. Le guitariste (fondateur de The Flying Luttenbachers), caché derrière sa mèche de cheveux, martyrise merveilleusement sa guitare pleine de reverb. Le bassiste (membre de Child Abuse), lui, tient la baraque, imperturbable, même quand Lydia vient le titiller. Car Mme Lunch cherche l’interaction. S’adressant au bassiste, frappant le guitariste, et appréhendant régulièrement le public. Lydia Lunch incarne ses morceaux, quitte à théâtraliser un peu ses interventions et son agressivité. Mais le charisme fait son effet, et personne ne bronche quand elle semble vous pointer du doigt déclamant ses poésies porno. On est loin des sets aseptisés de certains. Le quatuor se donne entièrement, déployant une énergie punk rare. Les titres de l’époque (superbe « Afraid of your company » par exemple) se mélangent aux récents. Suicide (dont Lydia Lunch Retrovirus reprendront « Franckie Feardrop » pour finir son set), Nick Cave ou les Tennage Jesus and The Jerks semble prêter leur force à leur amie ce soir. Le public semble ravi. Nous aussi. Nous voulions voir ou revoir le mythe. Elle était là, bien là, et, pour ne rien gâcher, idéalement entourée.
C’est ensuite au tour du duo nancéen de prendre le relais. Difficile de maintenir la tension qu’ont laissé les américains. Pourtant Kas Product nous avait laissé un excellent souvenir lors de son retour fin 2012 à La Machine du Moulin Rouge. Et ce soir, le son semble même plus brut, et plus minimal qu’il y a deux ans, ce qui me rassure. Comme la dernière fois que je les ai vus, le concert commence avec la silhouette de Mona Soyoc, dissimulée derrière un film plastique blanc, qu’elle va finir par lacérer à coup de cutter. C’est joli, mais soyons honnête, dispensable au bout de deux ans. Le duo est lui aussi comme nous l’avions retrouvé : une Mona tout sourire, et pleine de vie, quitte à en faire un peu trop, soutenue par un Spatsz aux machines toujours aussi discret. Malheureusement, malgré ses tubes inégalés depuis 30 ans (« So Young but so Cold » « Take Me Tonight », ou « Never Come Back ») qui enflamment la salle, la setlist manque cruellement de rythme. Le groupe joue autant ses titres de 1986 que ceux de 82 ou 83, malheureusement, la qualité est loin d’être la même. Les morceaux de l’album « Try Out » (1982) font toujours leur effet, mais des titres comme l’horrible « Gift of the Gods » (1986), qui viendra clôturer le set du duo, renvoie aux pires B.O. de Disney. A la sortie, une nana lâche « dans ce concert, il y avait le meilleur et le pire des années 80 ». Ce n’est pas faux. Une fois  passé le plaisir de retrouver le duo, on alterne ainsi entre vraie satisfaction et embarras compatissant (Mona Soyoc chante tout de même merveilleusement). Mais à force, le souvenir d’un Kas Product plus combatif, et plus brut, nous manque cruellement. Imaginez Kas Product nous livrant seulement les titres d’avant 84. Le rêve. Malheureusement, le groupe ne semble pas prêt à une telle sélection, plus radicale. Dommage.