juniorsVictoire a surpris son copain Félix en train de la tromper pendant une soirée. Le pire ? Il l’a ensuite carrément retiré de ses amis Facebook ! Alors quand Maxime, qui porte toujours son costume de la waffen SS qu’il a acheté sur E-Bay, vient la voir, ils parlent un peu de Sarah, que Maxime avait embrassé la veille et qui vient de se suicider, puis décident d’aller dans le garage. Ils relient le pot d’échappement à l’intérieur de la voiture à l’aide d’un tuyau et s’enferment dans la caisse avant de mettre le contact. Mais la mère les surprend et coupe court à leur suicide à 2 avant de mettre une paire de claques à sa fille. Les 2 ados décident alors de fuguer. Mais pour aller où ? Pourquoi pas à Paris ! Le lendemain, il y a un concert de ce groupe, là, Dinosaur Jr, que Sarah avait liké dans son journal Facebook…

On sait depuis longtemps qu’Hervé Bourhis est un grand fan de rock. « Stéréo Club », « Le petit livre rock », « Le petit livre Beatles » : sa passion a déjà plusieurs fois transpiré dans ses récits. Il récidive avec « Juniors », rejoint aux crayons par un autre grand fan de rock en la personne de Halfbob (qui a créé et anime le blog consacré au rock Gimme Indie Rock dont des extraits choisis ont d’ailleurs été publiés chez Vide Cocagne), récit dans lequel il fait le portrait, piquant, d’une jeunesse complètement paumée et incapable de vivre sa vie sans prendre des selfies, faire une vidéo d’une baston dont ils sont témoins ou liker ce que les copains, assis juste à côté, viennent de mettre sur leur « wall » Facebook…

Tics langagiers (« C’est un vrai boloss », « trop bien »), i-phones greffés à la main, façon de s’habiller : rien ne manque pour que le portrait soit des plus réaliste. Et doux amer…Car si les auteurs traitent le tout sur le mode de la comédie, le constat dressé n’en reste pas moins alarmant, avec ces ados tristes et déprimés, que rien n’intéresse (et surtout pas la politique) à part leur portable et dont l’inculture en fait des proies de choix pour les extrémistes de tous poils. Une génération irrémédiablement perdue ? Mais non, bien sûr ! Car il y a la musique et Dinosaur Jr que Bourhis fait apparaître au beau milieu du récit (ce sont d’ailleurs les pochettes des albums du groupe de J.Mascis, reproduites par Halfbob, qui ouvrent chaque chapitre) au prix d’un petit tour de passe-passe scénaristique. Et l’amour aussi !

Une chronique étonnante, drôle et assez effrayante tout de même, sur notre époque actuelle dans l’esprit du « La vie secrète des jeunes » de Sattouf, en même temps qu’un bel hommage à un groupe qui a marqué la jeunesse des auteurs !

 

(Récit complet – Futuropolis)