atwork hicksvilleAvec son premier roman graphique (que Casterman réédite ici), Horrocks nous parlait des coulisses de la bd et des dessous peu reluisants de l’industrie du comics américain. Le personnage principal, journaliste au magazine Comics World, fait en effet le déplacement jusqu’en Nouvelle-Zélande (tiens tiens…), à Hicksville pour être tout à fait précis, pour y rencontrer Dick Burger afin de faire un papier sur celui qui est considéré comme le plus grand maître du comics de tous les temps depuis qu’il a sorti sa célèbre série « Captain Tomorrow » et surtout qu’il a repris les rênes des éditions Eternal. Mais surprise, une fois arrivé, après beaucoup de difficultés (le village se trouve au beau milieu de nulle part…), à Hicksville, les gens se montrent hésitants à évoquer Burger et certains font même preuve d’agressivité quand on leur parle de celui qui est censé être une fierté locale… Un mystère que Batts est bien sûr déterminé à éclaircir avant de repartir aux Etats-Unis !

La quête de Batts est l’occasion pour Horrocks de régler ses comptes avec le monde du comics américain (pour lequel il a d’ailleurs travaillé, il sait donc de quoi il parle) qu’il montre comme une usine à fric qui ne fait que répéter les mêmes histoires violentes et sexuées, sans aucun intérêt artistique, depuis des décennies tout en déclarant son amour à la bd libre, inventive, généreuse et sincère, qu’il faut choyer et protéger. Le tout, comme aiment souvent le faire les auteurs américains (comme Ware) en enchâssant des extraits de bd des protagonistes de l’histoire dans son propre récit et en croisant cette intrigue principale avec des intrigues secondaires (celle de Sam Zabel, qui revient au village après avoir été viré d’un magazine d’humour parce que ses strips n’étaient plus inspirés ou de Grace qui avait quitté Hicksville et son ancien amour en même temps quelques mois auparavant), certaines touchant de près l’histoire de la Nouvelle-Zélande, le peuple maori, ses croyances et sa philosophie. Un coup d’essai réussi que ce récit riche à la narration surprenante malgré un dessin parfois un peu simple et approximatif (« Magic Pen », son nouveau roman graphique, montre d’ailleurs, de ce point de vue, à quel point le trait d’Horrocks s’est bonifié !).

« At Work » est bien entendu forcément différent puisqu’il rassemble divers récits courts réalisés entre 1986 et 2002. On y trouve des squelettes d’histoires, des idées mises rapidement sur papier et à reprendre plus tard, des récits inachevés, des expérimentations graphiques, des déclarations d’amour à sa femme Terry, des dessins réalisés pour l’anniversaire de son fils, des travaux de commande et même des élucubrations poétiques. Des histoires publiées dans divers magazines ou dans son comic book « Pickle ». D’où la grande hétérogénéité des choses proposées ici. « At Work » est une sorte de laboratoire narratif et graphique où le néo-zélandais teste, expérimente, se cherche, trouve ou pas, tâtonne et avance sur le chemin d’ »Hicksville » et « Magic Pen » dont il donne d’ailleurs des clés de lecture (vous découvrirez notamment qui se cache derrière Kupe, le personnage mystérieux qui vit dans le phare d’Hicksville…) ici. D’où le titre « At Work », en travaux, en français. Indispensable pour qui voudrait approfondir l’univers d’Horrocks après avoir lu ses romans graphiques !

 

(Récit complet et recueil d’histoires courtes – Casterman)