papierfroisseD’un côté, Jorge qui vient d’arriver dans la grande ville, une petite valise à la main, et s’installe à l’hôtel Les chevaux. Mystérieux, triste et renfermé, il désire visiblement démarrer une nouvelle vie. Et laisser derrière lui ses fantômes. Car il fuit quelque chose. Ou quelqu’un. Cela se sent. Et de l’autre, Javi, 16 ans, qui ne va plus au lycée depuis quelques mois, préférant louer ses services (on le paye pour qu’il aille intimider, voire plus, d’autres adolescents) pour aider financièrement sa mère, déprimée depuis quelques années. A tel point qu’elle ne sort plus de chez elle. On passe ainsi de la vie de l’un à celle de l’autre en se demandant à quel moment celles-ci vont se rejoindre. Et pourquoi…

Impossible de deviner que « Papier froissé » est le premier roman graphique de Nadar si on ne le sait pas ! Et pour cause, après quelques récits courts, le jeune auteur espagnol déroule ici, sur presque 400 pages, une narration incroyablement maîtrisée qui entrecroise subtilement les fils de ces 2 récits, prenant le temps de cerner les différents protagonistes (qu’il parvient à saisir avec une impressionnante acuité), incorporant de fréquents flash backs qui éclairent, par petites touches, le présent jusqu’à ce qu’ils ne finissent par ne plus faire qu’un.

Complexité de la vie, mensonge des apparences, désir de tout plaquer subitement pour refaire sa vie : voilà les thèmes que « Papier froissé » aborde avec beaucoup de justesse et d’inspiration et que Nadar met en images en noir, blanc et gris. Pas vraiment un hasard car ce que ce long roman graphique vient nous dire c’est que la vie est compliquée. Qu’elle n’est ni toute noire ni toute blanche mais quelque part entre les 2 : grise. Voilà pourquoi on sent cette empathie, cette tolérance chez l’auteur, qui ne juge jamais ses personnages. Un récit fort et touchant, plein de tendresse et d’humanité. Et un auteur à suivre !

(Roman graphique – Futuropolis)