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KEVIN MORBY + AUS MUTEANTS + THE GORIES + THEE OH SEES
Vendredi 22 mai 2015, Festival Villette Sonique, Grande Halle de la Villette

Pour le premier concert de sa dixième édition, le festival Villette Sonique nous a chouchouté avec une affiche aux petits oignons. Des jeunes australiens de Aus Muteants aux mythiques Gories, tout était réuni pour passer une bonne soirée. Le public, venu en masse, ne s’y est d’ailleurs pas trompé.
Sur scène, ça commence calmement avec Kevin Morby.
Kevin Morby, c’est un petit jeune d’une vingtaine d’années qui chante comme Léonard Cohen ou Dylan. Un petit jeune, qui chante comme nos parents. C’est un peu étrange, tant on attendrait plus les nouvelles générations à bousculer tout ça. Mais le trio assure et montre une belle maîtrise de l’exercice, même si ce n’est pas vraiment ce que j’ai envie d’entendre ce soir.
Ce sont les australiens d’Aus Muteants qui vont venir bousculer tout ça et amener un peu de fraicheur dans la grande salle impersonnelle de la halle de la Villette. Dans la lignée des groupes australiens qui font un peu le buzz ces derniers temps (Eddy Current Suppredssion Ring, UV Race…), Aus Muteants foncent droit devant, sans trop se poser de question, avec une énergie juvénile contagieuse. A droite de la scène, le chanteur passe du clavier à la guitare, changeant par la même occasion la couleur des morceaux. Parfois, son jeu de clavier renvoie aux Stranglers, et ce n’est pas pour me déplaire. Les morceaux prennent une tournure post-punk foutraque du plus bel effet. Tout le monde chante un peu, sauf le bassiste. C’est le bazar, ça vit, il y a de la joie et de l’énergie. Quand le clavier est abandonné au profit de la guitare, les morceaux s’énervent et s’accélèrent. Punk hardcore bordélique. Toujours autant d’énergie, mais les titres ont plus tendance à se ressembler. Alors, certes, leur répertoire est encore inégal (comme sur disque d’ailleurs), mais le concert a réveillé le public, et je ressors ravi.

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Pour certains, les têtes d’affiche restent Thee Oh Sees, mais pour les vieux cons comme moi, les stars de la soirée arrivent maintenant. Ce sont évidement The Gories, from Detroit. Je ne sais qu’attendre de cette nouvelle reformation du mythe, mais dès l’intro du concert, avec l’ultime « hey hey, we’re the gories« , je sais que nous allons passer un excellent moment. Et, malgré le son pas toujours optimum, le reste ne fera que le confirmer. Un vrai régal. La salle entière ne tarde pas à se mettre à danser sur les sonorités rock’n’roll et garage du trio. Le déhanché de Dan Kroha fait monter de quelques degrés la température, tandis que la voix rocailleuse de Mick Collins (des Dirtbombs) finit de nous achever. Tout le monde se réjouit devant le minimalisme parfaitement maîtrisé, et cette belle énergie garage. Une petite reprise des Kinks, et le groupe nous laisse avec l’indispensable « nitroglycerine« , tube imparable. J’aimerais en entendre plus, mais festival oblige, le groupe doit laisser la place à Thee Oh Sees. Dommage tant les reformations sont rarement aussi réussies (malgré les eps en édition limité à 30 euros qui rappellent le vrai sens de leur retour).
Pour conclure cette première soirée et remplir la grande Halle de la Villette, le festival a donc choisi cette année Thee Oh Sees. Et il faut avouer que le groupe draine dorénavant un public éclectique et nombreux derrière lui. Pour les anciens, la question est de savoir si cette nouvelle formation (John Dwyer ayant remplacé tous les membres du groupe) vaut la précédente. Le choix du leader de Thee Oh Sees est clairement d’orienter les live vers plus d’énergie brute et moins de personnalités concurrentes autour de lui. Deux batteries et un bassiste l’aident à cela. Le début du set, sur les chapeaux de roues, montre que le groupe est toujours là. On oublie clairement la finesse et la classe du passé pour ne garder que l’énergie, et les longs plans kraut. Les puristes n’apprécient pas, mais ça fonctionne. Même si il est difficile de ne pas regretter l’ancienne formation, plus complète. En attendant, l’habituelle sauce continue de prendre. Le public est venu pour ça. ça danse, ça crie, ça monte sur scène, ça slamme… ah non, le nouveau public de Thee Oh Sees ne slamme pas, ou peu. Ils montent sur scène pour se faire voir, retirer son T-Shirt, haranguer la foule, se faire prendre en photo, mais pas vraiment pour sauter (surtout que la sécu à été briefée et laisse les gens rester sur scène). Son heure de gloire est arrivée. Il pourra montrer les photos demain sur face de bouc. Les valeurs changent. C’est ainsi.
En attendant, le set du groupe s’étire, et comme à l’accoutumée, ses morceaux trainent. Les parties psychées durent et durent encore. Au point de nous épuiser. ça a toujours été l’un des défauts du groupe, et cela semble aller de pire en pire. Je finis le concert avec moins d’entrain qu’en entrant. John et sa bande, malgré un bon show, ont réussi à me fatiguer et me perdre un peu en route. Peu importe, le public semble ravi, et je dois avouer que je m’attendais à pire de la part de cette nouvelle formation. Thee Oh Sees ont donc sauvé les meubles, même si ce sont bien The Gories qui me restent dans la tête sur le chemin du retour.

photos : Philippe Levy (et Thomas Girard pour la photo de The Gories en page d’accueil)