fugazi_music_clubVarsovie, début des années 90. La chute du bloc communiste avait laissé un bordel monstre dans les pays d’Europe de l’Est. En même temps, tout devenait, du coup, possible pour cette jeunesse désenchantée. C’est à cette époque que Waldek et ses copains créèrent un petit café club à Varsovie en 1991 dans le but d’organiser des concerts. Modeste au départ (on y vendait des beignets et du Coca et le lieu ressemblait à une sorte de maison de la culture du quartier), le lieu devint, à force de débrouille et de boulot, le Fugazi Music Club, un endroit mythique de l’underground en Pologne où des centaines de groupes défilèrent dans une atmosphère aussi déjantée que chaotique jusqu’à ce que la mafia et le Cow-boy (un gars qui leur avait avancé de l’argent pour financer les travaux) n’obligent les 3 copains à mettre fin à l’aventure …

Vous pensez bien qu’avec un titre pareil, on ne pouvait pas passer à côté de ce roman graphique ! Un récit dans lequel Marcin Podolek (qui venait tout juste de naître quand le « Fugazi » a été créé!) rend hommage à ce club devenu symbole de liberté et d’utopie en Pologne et à ceux grâce à qui il a pu voir le jour : Waldek et ses copains.

Au travers des nombreux courts chapitres, il revient ainsi sur les moments importants de l’aventure du Fugazi et livre des anecdotes de cette incroyable période : la présence d’une vache au beau milieu du public lors d’un concert, la découverte d’une valise pleine de fric dans la réserve, l’apparition d’un flingue dans les toilettes ou la soirée organisée par leur pote Zdzichu qui prit des allures de bacchanales : ce soir-là 2 soldats romains accueillirent le public à l’entrée alors qu’une cinquantaine de femmes nues se trémoussaient autour de tables couvertes de raisin à l’intérieur…Le jeune auteur brosse également, en creux, le portrait de la Pologne de l’époque, avec ses omniprésentes organisations catholiques qui n’hésitaient pas à faire pression, les véritables gangrènes qu’étaient la mafia et les skinheads, l’économie qui avait du mal à sortir de décennies de léthargie communiste ou le système D (en s’adressant aux bonnes personnes et en versant quelques pots de vin, on arrivait visiblement à résoudre pas mal de problèmes…) hérité de la période soviétique. Un bel hommage en même temps qu’un témoignage (le récit est basé sur les souvenirs de Waldek Czapski) parfois hallucinant (on ne connaitra clairement plus jamais ce genre d’endroit…). Sympa.

(Récit complet – Gallimard)