RapportBrodeckMais où s’arrêtera-t-il ? On pensait que Larcenet avait atteint le sommet de sa carrière avec Blast …Eh bien on se trompait car visiblement il y aura d’autres sommets comme celui-là dans son œuvre ! Dont Le rapport de Brodeck. Inutile en effet d’attendre de lire le tome 2 pour déjà annoncer que ce diptyque va être un chef d’œuvre de la bande dessinée.

Pour ce qui est sa toute première adaptation (un roman de Philippe Claudel), l’auteur livre un récit une nouvelle fois incroyablement fort et envoûtant qui, tout comme Blast, s’aventure dans les méandres les plus sombres de l’âme humaine. Car ce rapport que Brodeck, un homme simple qui a vécu la déportation il y a peu, doit écrire à la demande (le sang dans leurs yeux et les couteaux à leur ceinture lui ont fait comprendre qu’il ne pouvait pas vraiment refuser) des autres hommes du village, est censé raconter les circonstances dans lesquelles celui que l’on surnommait l’ »Anderer », l’autre dans le dialecte du coin, a été tué par tout le village. Façon peut-être de s’exonérer de ce crime collectif. Pourtant, cet homme, mi-poète mi-vagabond, n’avait rien de dangereux. Mais en plus d’être arrivé par la même route qui avait amené la guerre, il était différent. Seulement différent. Le genre d’homme à passer du temps à discuter avec les villageois pour en apprendre davantage sur leur faune et leur flore ou pour mieux connaître leur langue…

Superstitions, peur de l’Autre, repli sur soi, jalousie, danger de l’ignorance : voilà de quoi vient nous parler Le rapport de Brodeck et sa narration magnifique (limpide et assurée, elle impose son rythme contemplatif au lecteur –en insérant ici ou là des gros plans d’animaux ou des paysages- pour mieux l’immerger dans l’histoire). Avec justesse et intensité. Car le noir et blanc, et c’est là que Larcenet impressionne encore, de l’auteur est tout simplement sublime. Quelle évolution et que de progrès réalisés dans le dessin depuis Le combat ordinaire ! L’encrage est si précis et expressif qu’il donne souvent des allures de gravures expressionnistes aux cases ! Vraiment du grand Art !

(Diptyque – Dargaud)