Shub-600shub

 

(29,30,31 mai 2015, Nîmes)

TINALS (pour les intimes) a pris un peu d’ampleur cette année. La formule reste la même : des ateliers « DIY » et des animations toujours aussi originales dans un décors réussi et accueillant. Mon terrain de jeu est prêt et ça s’annonce bien. Il n’y a que la bière qui reste affreuse. Ca n’empêche pas d’en boire des litres mais bon, si on peut joindre l’utile à l’agréable… Les balades d’entre-concerts sont ponctuées de surprises : intervention de la chorale de Paloma montée pour l’occasion ou de Boogers (l’homme orchestre) et sa « Ghettoblaster Party » en déambulation avec sa musique retransmise sur une fréquence radio. Du coup, il circule sur le site avec une horde de gens, poste à l’épaule, réglés sur ladite fréquence, qui sont autant de systèmes de diffusion. Ça se balade partout. Ça met un peu le bazar, c’est cool.

Vendredi : Première surprise : Swans a changé de lieu et d’horaire. Swans était prévu au départ dans le Club ?!! Qu’est-ce qui a bien pu leur passer par la tête pour mettre une des têtes d’affiche (et qui accessoirement joue ultra fort) dans un si petit endroit ?! Ça fout le bordel mais la fourmilière se réorganise (faut bien) et tout rentre dans l’ordre. Certains non- informés l’ont eu bien profond…. Soit. Je vais jeter une oreille dans la grande salle et c’est pas mal, bien hypnotique. Sans plus. Le vieux gars tyrannique à défaut d’être charismatique me tape un peu sur le système donc je cherche à regarder ailleurs et je tombe sur… « Thor » torse poil qui « joue » du trombonne, du violoncelle, qui chante… beaucoup plus drôle. Le batteur est vraiment trop à la rue, je me casse voir Fucked Up. Ils jouent deux heures donc je pourrais revenir tout à l’heure. Là, on rentre dans le vif du sujet, 3 grattes, un chan… Mais il est où le chanteur avec sa grosse voix ? On l’entend et normalement on ne peut pas le louper. Ah bah il est dans la foule en train de faire des calins, de nager dans le bac à sable, il fait le con. Il est vraiment content d’être là. Je me suis demandé s’il n’était pas de la même famille que le chanteur de Les Savy Fav. Derrière ça joue, les choeurs sont réussis et je trouve qu’on a moins l’impression de se faire engueuler en live que sur disque. De la bonne humeur, du très bon punkrock, pas du tout fucked up. Je retente Swans : je rentre, je ressors. Autre endroit cool de Paloma : Le Club. Soit, tu viens tu te fades les balances dans la clim’ qui le fait bien et là, tu vois le concert, soit tu fais la queue (no way), soit tu vas « voire » le groupe dans le toujours sympathique patio qui retransmet le concert avec un très bon son et sur écran en plan fixe. Rebuté par la queue, exit Ought et j’opte pour Dan Deacon et leur électro débridé. Les deux persos sont à fond, ça tabasse avec succès, ça danse mais désolé il est trop tôt pour moi. Non loin de cette grande scène extérieure se trouve 340 MS, le disquaire nîmois, un peu tout seul sur son bout de comptoir. Ils sont un peu notre Florange à nous (on leur souhaite une autre destiné). J’aurais bien vu d’autres disquaires nationaux. Ca sent la bonne intention de les privilégier mais je crois aussi que l’offre attire la demande… Retour au Club. Je commence à piger le truc et me glisse pour Mikal Cronin que j’avais déjà vu au Nouveau Casino et que j’avais trouvé un peu trop hippie. Une formation plus humble (trio) mais l’impression est la même : le copain de Ty Segall sait y faire avec sa 12 cordes mais trop flower power pour moi. Ma barbe pousse à vue d’œil et la dalle me gagne. Une joue de bœuf de dingue plus tard, me voilà face à Thurston Moore avec en mémoire ce super live de KEXP. Je trépigne. Leur set coule pépère dans nos oreilles. On ne va pas se mentir, tu fermes les yeux, tu entends le Sonic Youth fin de règne, mais bon, n’y pensons plus. Même le long passage bruitiste sans surprise de la fin me va bien. J’aime bien ses deux recrues ; guitare (James Sedwards) et basse (Debbie Googe). L’un qui bouge ses rideaux que quand il s’agit de foutre le bordel et l’autre, renfrognée sur sa basse couleur salle de bain, donne l’impression de n’attendre qu’une chose : lâcher les chevaux (Eh ! T’as qu’à jouer avec des jeunes !). Je zone dehors et loupe Kevin Morby, le petit fils de Dylan pour l’esprit et la voix, qui, à ce qui parait, en a emmené plus d’un(e) avec leur folk espiègle. Un peu vert de les avoir loupé. Je fuis Gaz Coombes et Caribou (pas ma came) pour DBFC dans le club, bien botté par ce que j’ai écouté. Il s’avère que c’est complètement « pute » mais d’une efficacité monstrueuse !! Avec leur côté propre sur eux, j’avais comme un doute. En 5 titres, ils ont emmené tout le monde, Je suis enpapaouté par cet électro dancefloor assez lisse au demeurant (malgré un léger soupçon d’Autotune sur la voix…)  Puis, voilà le moment tant attendu : Thee Oh Sees. Je ne peux pas comparer avec l’ancienne formation puisque c’est la première fois que je les vois (oui j’ai été criogénisé ces 4 dernières années). Il parait que c’est John Dwyer qui joue Thee Oh Sees plus que Thee Oh Sees eux même. En attendant, je trouve que ça envoie carrément et les deux batteurs sont hyper synchros… mais jouent la même chose (faudra m’expliquer le concept). Ce que je reprocherais à toute cette tripotée de groupes de « garage (in)rock » qui briguent la place de Kurt, c’est que malgré leur indéniable talent de composition, au milieu d’énooormes tubes s’entrecalent des morceaux avec des soli de hardos qui pêtent un peu le délire. Emporté par le monolithisme du « pas plus vite qu’à fond non stop » je fais une micro sieste au balcon. Bientôt la fin donc direction l’extérieur pour une extermination de tickets boisson et profiter de l’endroit. À peine mis le pied dehors, des cris de cochons qu’on égorge me parviennent. Les sangliers de l’aérodrome auraient-ils réussi à passer la sécu sans le bracelet pass trois jours ? Paloma aurait organisé une battue pour que ces trois jours se clôturent dans un grand bbq nu(e)s et ensanglanté(e)s ??!! Je me rapproche de l’atelier abattoir et je tombe nez à nez avec la petite scène « Mosquito » et son karaoké. De loin le meilleur final souhaité dans un festival, d’autant que le catalogue est un vrai botin : du Fugazi, du Violent Femme, du Minor Threat, du Generation X, du Cypress Hill et j’en passe. C’est simple, y a (presque) tout et niveau participants, il y a du niveau (toutes proportions gardées on parle de karaoké là).

CongerConger Harold_MartinezConger!Conger! (à gauche) et Harold Martinez

 

Samedi : Gros caca au niveau de l’organisation de la scène Mosquito et la mignonette prend une heure de décalage dans la vue et les artistes 20 minutes de moins sur leurs sets… Ah et puis pas moyen de gratter parce qu’au concours de kékette sonore, la « flamingo » dépasse de beaucoup « la mosquito ». Bref, je pensais avoir loupé Harold Martinez et son spleen folk aux couleurs des antipodes et, ouf, ce n’est pas le cas. Aujourd’hui c’est encore en solo, exercice dans lequel il devient vraiment très bon. Eh bien, il a réussi à me tirer une larme alors que je ne pleure même pas devant Grey’s Anatomy (coming out). J’y peux rien, c’est comme ça. Bon, petite pause repas à l’espace VIP. Alors je suis désolé mais quel est l’intérêt d’un tel espace identique aux autres bars ? Bref, Le temps de manger et c’est Shub au même endroit. On se dérouille les genoux en dansant sur leur rock/noise aux cavalcades delayées à la brandade. C’est ce samedi que je pris ma claque en les personnes de Puts Marie mais ça m’a aussi pourrit par la même tout le reste de ma journée. Tout ce que j’ai vu derrière, c’est simple, j’ai trouvé ça… Pas Puts Marie. Je n’ai vu Vaudou Game que sur l’écran du Patio et leur afrobeat pas trop barré avec des accents funk, avec des cuivres très Ethiopiens m’a bien plu. Ca dansait jusque dans le patio mais j’étais comblé (mais il va en parler de ce foutu Puts Marie ?). J’ai juste souffert le martyr sur Ariel Pink qui, sortons les superlatifs, était juste atroce, pénible, trop long, trop fort (la prison pour les sondiés dangereux ?)… Artistiquement arride. Ca suffit, vivement qu’ils se cassent !! L’aiguille tourne et si j’allais me faire une session prout-prout avec The Divine Comedy ? Le son est nickel, les fans sont aux anges. On ne parle pas des artistes qui, eux aussi avaient l’air comblés jusqu’au moment où le chanteur est descendu de scène avec sa bouteille de vin (normal) pour rejoindre ses loges mais pas de bol pour lui, il a croisé un mec de la sécu qui lui a parait-il pris la bouteille des mains (bah ouais, pas de bouteilles en verre sur le site Monsieur… Oups, boulette Ahahah !).Paraîtrait qu’il s’est fait brassé à la hauteur de sa connerie. Pas facile comme métier.

Bagarre Bagarre

 

Rien à voir avec la sécu, retour au Club pour le collectif parisien Bagarre. Trois/quatre mecs, une nana, fringués en veste adidas old school fermées jusqu’en haut avec une chaîne en or dessus, très P’tit Quinquin. La clavieriste, elle, a un leg in que n’aurait pas renié Paula Abdul. Tout ce petit monde fait de l’electro à tendance post-punk (encore ???!) avec une grosse dose de second degré et une attitude gentiment bourine très bien dosée. J’étais juste déçu que ce ne soit que du second degré. Ça fonctionne visiblement, moins sur moi, même si le fait qu’ils tournent au chant et sur les instrus est une bonne idée et montre bien le côté collectif. Suite et fin de la journée devant le Karaoké. Punaise, j’étais à la limite de me faire un petit Minor Threat mais l’ambiance était plutôt « Pouet Pouet » virant vite au n’importe quoi avec beaucoup trop de monde sur cette scène si belle mais tellement bringuebalante. Il a fallu qu’ils interviennent pour virer le trop de squateurs. L’animatrice, lookées en mode Béru avec un masque de lapin qui se faisait attraper par les oreilles et qui n’arrêtaient pas de répéter dans les moments de débordement « ce n’est pas un karaoké punk ! Ce n’est pas un karaoké punk ! » …hmmm comment dire… je crois que si en fait. Poilade. Bilan un peu mitigé sur ce samedi à part Puts Marie annoncés comme rock 90’s sur le programme (descriptions bien à côté parfois). Je me dis un truc de vieux, c’est pour moi. En plus collègue Sophie était en boucle « on va voir Puts Marie ! On va voir Puts Marie ! ». La musique c’est sa passion mais je me dis que quand même, au minimum, il y a un beau gosse dans l’histoire. Effectivement il est là, en futal Armani, je pense à DBFC et je me dis aïe… Sophie me dit qu’il fait du théâtre, je me dis ouille… Et ça joue. Un raconteur à la voix fluette, voire aigue, un charisme à l’italienne (il est suisse) façon jumeaux de Blonde Redhead ou d’un Picciotto, la brunerie ténébreuse qui a l’air de ne pas avoir tout réglé… Il fait de petits gestes, il joue, il incarne ses contes, mais pas trop, juste ce qu’il faut. Quand ça monte d’un cran, ça ne gronde pas, ça déraille, ça se met en colère plutôt, ça redescend et le morceau se termine. Aucune trace de rock 90’s. On ne rigole plus du tout parce que la tension monte d’un cran. Ils nous reprennent pour une nouvelle danse, jouent avec nos émotions, la musique plutôt rock atmosphérique mais teintée de delay sert parfaitement le propos. Le morceau fini, ils nous redéposent délicatement. C’est simple, je n’ai jamais entendu le Club applaudir comme ça. Pendant les passages instrumentaux, il parcourt le plateau sans savoir trop où se foutre, c’est sûrement joué…ou pas. Il a aussi un mini set de batterie avec lequel il ne joue pas la même chose que le batteur. Il y a un vrai apport visuel et musical contrairement à Thee Oh Sees. On sort avec ce truc pas trop sûr de ce qu’on vient de vivre. On se regarde entre nous : « on est d’accord hein ?! On vient bien de se prendre une giffle ?! ». Sans appel et malheureusement sans rappel. Reste qu’on est en suspension. J’éviterais le vendeur de disques pour ne pas être déçu et resterais avec ce souvenir.

InterpolPuts_Marie Interpol (à gauche), et Puts Marie

 

BAM ! Dimanche : On arrive pour Conger ! Conger ! qui a un son de malade mental ! Tout simplement bon, même si je trouve que le batteur en fait toujours un brin trop. Mais on s’en fout, c’est terrible !!! Leur rock noise sans frontières m’a réveillé et j’espère que cette journée qui commence bien va être du même tonneau. Tiens, en parlant de tonneau… Comme on est à côté de la scène « Flamingo », Bad Breeding, inconnu au bataillon, se prépare et nous prend par surprise : tout ce punk hardcore, toute cette violence au réveil !!! Le loup est dans l’enclos, c’est tellement bienvenu ! Viens maintenant l’autre « groupe » tant attendu : Sleaford Mods. C’était drôle de voir ces deux gars plantés au milieu d’un énorme plateau. Les lights, de toute beauté, comble le vide d’une jolie façon. Jason Williamson de profil vocifère en postillonnant : un espèce de son et lumière aquatique ; c’en était presque trop conceptuel pour quand même ce qui est un des plus gros « fuck off » à l’industrie musicale de ces dernières années. Total premier degré. Bon, très très sympa mais sur la petite scène ça aurait été juste une boucherie. Avec un site pareil (intérieur/extérieur), on aurait envie que les groupes soient plus en adéquation avec le décor et les ambiances (plus facile à dire qu’à faire). S’en suit un décrassage d’oreilles avec Weedeater et leur espèce de sludge. Absentéisme pendant The Soft Moon et Viet Cong (non ! Je n’ai absolument pas les boules, pourquoi ??!!) et je réapparais sur Foxygen. J’ai loupé le moment visiblement très drôle où, sans prévenir personne, le chanteur décide d’arriver sur scène par le public. Ok, sauf que le mec s’est fait topé par la sécu qui veut l’embarquer. Mort de rire. Le peu que je vois ne me séduit pas trop, une croonerie surjouée avec choristes. Le chanteur est carrément énervant, à s’exhiber avec sa bouteille (en verre) de Williamson là, alors qu’on est overdosé de mauvaise bière. Je me dis que c’est de la jalousie de ma part, que ce n’est pas joli joli et me casse voir Drenge. Sur le programme ça parle de post grunge. Les frangins se la donne pas mal dans ce punkrock prog carrément bordélique, on a l’impression d’arriver dans un cerveau adolescent. Les morceaux ont des queues et parfois plusieurs têtes, le batteur à des très très bonnes idées, le bassiste n’a pas l’air content (d’ailleurs il lancera son instrument, mais pas trop fort non plus pour ne pas l’abîmer — pas grunge —). Le chanteur guitariste se trahit à plusieurs reprises en chantant juste. Bizarrement, du haut de leur jeunesse pleine de dédain mais dénuée de hargne et de crasse, « grunge » quoi, ça fonctionne. Derrière, les lights sont encore magnifiques et font passer Starwars pour la fête à Neuneu. Ca m’a fait rester jusqu’au bout. Dans la queue pour un hotdog j’entends le premier morceau, très Smiths, d’Interpol (le groupe d’assistés déconnectés du monde qui ne touchent plus une poignée de porte) qui est plutôt prometteur, la suite ne m’a pas accroché du tout. Un petit passage à Torche qui joue en même temps. Du coup, les pauvres jouent devant une salle très clairsemée…… Un peu déçu : très monolithique, on a l’impression qu’il ne se passe pas grand chose alors que c’est pas mal normalement. Je mets ça sur le dos d’une unité sonore un peu stérilisante. J’attends avec impatience mon tube qui ne vient pas donc je bouge. En sortant, je tombe sur une faille spatio temporelle, je saute de trois cases et je vais directement voir Allah-las persuadé que je vais m’y ennuyer puisque c’est ce que me procure les disques. Ils ne débordent pas d’une énergie ni d’une joie communicative mais le public s’amuse et fait la fête car, tel un animal affolé, il sent LA FIN. Ca danse même ! À certains moments j’ai même pensé aux Black Lips. Très bien. En parallèle, je fais des sauts dans le Club où Perfect Hand Crew (duo de grime français chanté en anglais, chouchous de Paloma) clôturent de leur côté. La chorale de Paloma fait un featuring : ambiance discours dictatorial en chapka et long manteaux en direct de Moscou, sur un son sombre à la Foreign Beggars et la chorale d’entonner derrière de sombres « Winter is coming » du plus bel effet. Un petit coup de karaoké pour la forme, flottement le temps que le public sorte et hop direction le bar VIP puisque la fête de fin de festival se passe là-bas. Eh ben tout de suite, quand tu mets de la musique, des gens, des lights dans les oliviers, on obtient un bar VIP carrément cool qui nous prédit de voir le jour se lever… Eh ben non, la sécu n’a pas été prolongée donc au moment où ça décolle nous sommes obligés d’atterrir et de gentiment regagner notre chez-nous. Déçus, déçus, déçus…

Malgré un public moins peace (mauvaise drogue ?) et moins de fun sur les visages des Paloma’s (bénévoles et salariés), ce fût encore une bonne édition même si je ne m’y suis que trop peu retrouvé musicalement. Mais un festival, ce n’est pas que de la musique, ce sont des gens et une ambiance. Le pari semble réussi. Mais comme un ado qui grandit trop vite, la structure osseuse se fragilise et apparaissent les douleurs si elle manque de muscles… Vous me ferez un peu de muscu svp, parce qu’on veut vous y revoir l’année prochaine. Longue vie à TINALS, festival qui ne ressemble à aucun autre. Bisous et merci. Régalade.

Soft_Moon ambiance_tinals The Soft Moon

P.S : Certains lives sont visibles sur le site de Culturebox ou compilés sur le site du festival

 

photos : Marie Meletopoulos